Après avoir visité plusieurs salles, amphis, gymnases, il faut se rendre à l'évidence, rien ne convient. Les précurseurs du Château ne sont pas satisfaits. Soit l'endroit est parfait mais le maire de la commune d'accueil n'est pas de la bonne couleur, soit le lieu est infâme mais l'édile un ami... Que faire... Ben, on improvise, hein, ce fier hangar militaire fera l'affaire, suffit juste de l'arranger. Hop.
Certes, mais une fois à l'intérieur, je prends peur. Ce bâtiment sert visiblement une fois l'an à l'organisation de l'arbre de Noël de l'armée (et pas du tout à un quelconque stockage de matériel roulant, par exemple, qu'on se le dise). Du coup, on y a même laissé la déco. En plein octobre, nous sommes donc face, entre autre, à une fausse cheminée en carton-pâte, des guirlandes entourant des poteaux métalliques, des cadeaux-déco déjà en place sous le sapin en plastique et pire encore, des fenêtres en trompe-l’œil peintes tout le long des murs et ouvrant sur un improbable paysage enneigé...
Bien, on va commencer par virer tout ça. Les troufions, un peu désolés, se mettent à tout débarrasser.
C'est alors qu'on découvre qu'une grande partie du hangar militaire est recouverte d'un plancher de danse. Ça doit y aller, tiens, les soirs de Saint-Sylvestre!
Le précurseur royal:
"Ah ben ça, c'est pas possible non plus. Il faut que vous trouviez 800 chaises, vous savez, et toutes ces personnes s'asseyant feront un vacarme sans nom sur ce plancher. Il faut l'arracher. Allez, nous retournons à Paris, rendez-vous dans 2 jours pour le déplacement. Et, au fait, il faudra prévoir une table ronde mais carrée nappée bleu républicain, des estrades, un fond de scène bleu clair, une sonorisation, un pont pour l'éclairage, des écrans de rappel d'image et peut-être quelques systèmes de clim, faudrait pas avoir trop chaud. Bon courage et encore merci".
Et dans cette vertigineuse liste qui me file le tournis, résonne surtout "arracher le plancher". L'officier supérieur du régiment me regarde interloqué et lance presque suppliant:
"Non, hein, pas le plancher de bal, hein, non?".
Honnêtement désolée, je réponds que ben si, il va y passer le plancher de 200m², fini les polkas et autres tangos.
Quelques heures plus tard, la mort dans l'âme, nos troufions espacés de 2 m tout autour du dance floor, outils prêts en bout de bras, au-dessus des têtes, se préparent à le désosser.
Un sursaut, une émotion, je ne sais pas, mais je lève la main et crie:
"Arrêtez tout, laissez-moi tenter une dernière chose".
J'appelle au Château et essaye cet argument: si la presse apprend que pour ce déplacement, on a dû détruire tout un plancher de bois sous prétexte d'une perspective de bruit pénible, comment répondrons-nous? N'y a-t-il pas moyen de simplement louer une moquette à la taille adéquate?
Ça réfléchit, discute, me fait patienter.... pendant que les petiots sont en joue... La réponse tombe: c'est d'accord, on peut le garder.
Youhou!
C'est ainsi que s'organise autour de moi une magnifique haie d'honneur de souriants benêts en kaki, armés de pioches des 7 nains, prêts à me trouver l'air d'une princesse!