2006
Je n'exerçais ce métier que depuis 15 jours lorsque l'annonce de la visite du premier d'entre eux tombe. Ça ne va pas être facile. Je ne sais pas très bien à quoi je sers mais rien ne vaut la formation sur le tas.
Je n'exerçais ce métier que depuis 15 jours lorsque l'annonce de la visite du premier d'entre eux tombe. Ça ne va pas être facile. Je ne sais pas très bien à quoi je sers mais rien ne vaut la formation sur le tas.
La visite s'organise et je constate tout d'abord qu'il faut 5 heures à France Telecom pour installer 25 connexions internet dans un lieu improbable alors qu'il m'a fallu 10 jours pour en avoir une seule dans mon salon. Bon.
Plusieurs sauts de puce sont au programme avec en point d'orgue la découverte d'un établissement scolaire.
Une interview en direct pour France 3 est prévue à midi pile. A 11h30, un petit bonhomme s'approche de moi, se présente comme l'intervieweur. 1m70 au garrot, la voix chochottante et spécialiste des sports. Un choix évidemment pertinent.
- "chinon, che me demandais, parche que je suis beaucoup plus petit que lui, hein, à l'image cha va pas être terrible, chi vous auriez un petit tabouret, pour que che monte dechus pour faire l'interview?
- pardon? Un tabouret? Heu... à vrai dire non.
- ah minche. Ben, che vais essayer de trouver quelque chose."
Il s'anime, se remue, cherche, interroge, panique un peu. 11h45 il revient vers moi.
-" chest bon, chai trouvé un petit talus dehors. Che me mettrai en haut, lui en bas. Cha ira très bien.
- je ne suis pas sûre. Avez-vous simplement pensé au dévers? "
Pas de réponse, il galope vers le maquillage.
11h55 je lui amène la personnalité qui sans mentir fait plus d'une tête de plus que moi, donc au moins deux de plus que lui. En pleine nature, à l'arrière du bâtiment scolaire, un terrain vague et bosselé servira donc de lieu d'entretien. Le fait que l'image ne caractérise en rien la thématique du déplacement ne semble froisser personne. Et notre petit bonhomme monte en haut de son talus, tout fier, tend le micro à l'horizontal et se rend compte à 11h58 que: bras trop court. Il se penche, prend le risque évident de la chute, tire le cou, descend forcément un peu la pente. 4, 3, 2.. antenne.
-"bonchour Monsieur le...., alors?"
Parce que dans tout ça, forcément, le contenu n'a pas été préparé une seule seconde. Ne reste en réserve que la terrible question journalistique: "alors?".
En bon petit soldat, le monsieur déroule son truc, feint d'ignorer qu'il est à deux doigts de se prendre sur le bout du nez dans un premier temps un micro et immédiatement après un journaliste à l'équilibre fragile, parle, parle, sans prêter attention à ce vent qui lui fait une mèche rebelle et verticale.
-"merchi Monsieur le....".
C'est terminé, on embraye sur le reste du déplacement.
"Che chuis très très content. Cha chest bien paché, non?"