vendredi 29 juin 2012

"Là où Dieu a son église, le Diable a sa chapelle"

2009

Madame était sollicitée pour avoir son portrait dans la presse. Chouette. Séance photos et libres échanges sur sa vie, ce qu'elle aime ou non, ce qu'elle lit, sa ville préférée, bref un joli petit papier sans prétention mais certainement attendrissant en perspective.
Le soir venu, elle raconte à big boss son interview ce qui provoque un appel immédiat sur mon portable.
"-oui, alors, ma femme a parlé des restaurants qu'elle aimait je crois...
- en effet.
- elle a évoqué le restaurant de l'évéché, non?
- absolument, comme étant un lieu un peu en dehors du temps, presque secret, propice à l'échange, la rencontre...
- oui, voilà, il faut rappeler le journaliste et lui demander d'enlever tout ça.
- hein, mais pourquoi donc pourquoi?
- parce que nous envoyons ce soir une équipe serrer le patron pour proxénétisme."

mercredi 27 juin 2012

« La fumée est la vieillesse du feu. »

 2011

On en sait jamais très bien de quoi une journée va être faite. On se prépare, on s'habille, on choisit de mettre ces jolies petites ballerines du plus bel effet, celles-là. Ouh, oui c'te classe. Et arrivée au bureau, on apprend qu'un immeuble hébergeant quelque 500 personnes a pris feu au petit matin.
Big boss pense qu'il faut se rendre sur place. Je suis d'accord, allez, c'est bon, on file.
C'est comme pénétrer dans un jeu vidéo apocalyptique. Il n'y a plus d'électricité, nous suivons au radar un pompier qui nous montre l'étendue des dégâts. Nous pataugeons, l'odeur est acre et tenace. Nous montons à tâtons dans les étages. Les lampes-torche nous éblouissent. La suie s’imprègne immédiatement. Il faut enjamber des choses cassées, des choses brûlées, des flaques. Que de flotte noircie! La visite de quelques appartements est une épreuve, tant les dommages sont impressionnants.
Dehors, de nombreux habitants, hagards, attendent le verdict, le redoutent.
Big boss s'exprime: personne ne retournera ici.
Moi, trempée, puante, choquée, je donnerais des milliers de ballerines pour que rien ne soit arrivé.

Certes, Nadine aime le couscous.

2012

Les soirées électorales préfectorales hébergent bien malgré elles des regroupements FN exclusivement dus à l'absence de QG de campagne de ce mouvement, localement.
Il manque souvent toute une tranche d'âge. Forte représentation des 17-22 ans et de quelques vieillards, mais entre: rien ou pas grand chose.
Et les échanges des débutants frontistes sont toujours sidérants:
"- merde, déjà 22H30, mais où est-ce qu'on va bien pouvoir aller bouffer?
- ouais, tout est fermé, la loose...
- pppffff
- nan, y a le kébab du bout de la rue, hé!
- hein, mais ça va pas la tête?" et regards inquisiteurs sur le fautif tout penaud de son énormité.

« Il faut s'endurcir, sans jamais se départir de sa tendresse"

2012

Au verso de la feuille de son discours de départ, comme un autre versant de lui-même, il cite autant la montagne que la sidérurgie, dans une sorte d'inventaire à la Prévert, qui visiblement l'émeut. Moi aussi.
Lorsque big boss a fini, sa femme lui tapote la joue, les yeux dans les yeux, comme si nous pouvions être les témoins de cette intimité, de cette faiblesse, finalement de cette humanité.

lundi 18 juin 2012

Le Chapitre II

2008

Après deux années d'absence, nous revoici à Toulon. Mon Dieu, quelle étrange sensation que rien n'y a changé ! La différence, pour nous, c'est que nous avons un deuxième fils et que nous sommes venus le présenter. Bon d'accord il a déjà un an, on s'est pas pressé, on a pris le chemin des écoliers pour aller jusque là-bas. Faut dire que les faits se révéleront à la hauteur de nos craintes, en tous cas des miennes !

Notre fils ainé ne sera pas de cette aventure, le veinard. Nous partons de bon matin. En ce jeudi, après huit heures de route, un vomi et une diarrhée de bébé, oui, Toulon, nous revoilà. Le Nevada, l'improbable immeuble, nous attend, immuable et venteux. Il fait 37° à 7 h du soir. Ça promet. On ouvre la porte de l'appartement de mamie Jo. Elle nous attend. Assise au même endroit que lorsque je suis partie la dernière fois, avec la même robe. C'est vaguement flippant….
Son seul œil mobile nous regarde intensément. Elle ne dit rien, prend R. dans ses bras et le couvre de baisers. Et la mystérieuse providence fait son office; il se laisse faire. Même pas peur, pire encore, il semble presque concentré sur ce qu'il a à faire : plaire.
T. est là, nous embrasse et très très rapidement attaque avec ce qui sera le refrain des prochaines 24 heures, refrain chanté en chœur, par tout un chacun, à tout moment, sur tous les tons « comment ça, vous ne restez qu'une journée alors qu'on ne vous voit jamais ! », avec dans les yeux, tour à tour, et c'est ainsi que l'on déstabilise au mieux l'adversaire, des reproches, des larmes, un sourire.
Tout y est passé: conditions météorologiques défavorables pour un départ le lendemain, circulation peu propice, état de fatigue manifeste (mais rester plusieurs jours à Toulon n'arrangera pas les choses, au contraire…), et argument phare qui finit de nous décider à respecter notre plan initial : on risquerait de louper G. Ah, enfin une bonne nouvelle !
Parce qu'il faut arrêter de se mentir, ce qui me pousse à éviter le sud-est consciencieusement, c'est le risque de la croiser. Et l'histoire me donnera à nouveau raison.
Mais revenons à cette soirée. Après le bécotage en règle de R. donc, on nous laisse, le petit et moi, avec la Jo. Pas de souci, je gère, ça roule. A peine la porte fermée, R. se met en chasse de tout ce qui est fragile et branlant et, ô bonheur, cela caractérise environ 90% de cet appartement, y compris sa locataire. Comme tout semble déjà vaguement cassé, je me rassure en me disant qu'une nouvelle brèche ou fêlure passera inaperçue...
Parallèlement, j'essaye d'engager une problématique conversation avec Jo. Santé « hé, on fait aller », nouvelles de la famille « hé, on fait aller », faim dans le monde et explosion artificielle des coûts énergétiques « hé, on fait aller ». Je souris, elle sourit mais que d'un côté, je finis par dire moi-même « hé, oui, voilà », re sourire…. Ah Dieu du ciel, ça n'en finit pas…. et les secondes durent des heures jusqu'à ce que tout le monde reviennent. La porte s'ouvre enfin, et mon transport exalté, à la vue de leur retour, semble un tantinet disproportionné.
Tout le monde décide qu'il fait trop chaud ici et qu'on va chez T. qui a la clim. Mon ravissement extatique a semblé provoqué par cette forte chaleur? Peu importe, nous remontons en voiture et quittons Toulon. 
C'est vrai que cette maison est fraîche, pour un peu on en éternuerait. On installe nos petites affaires pendant que T. prépare le repas et que mamie… est immobile. C'est incroyable comme parfois elle a l'air faite de cire. Mon mari me raconte que jadis pendant son enfance, sur la plage, elle restait comme ça des heures à le regarder jouer, figée dans une raideur toute sicilienne. Une fois R. couché, nous passons à table et le vin rouge tout droit sorti du frigo (coutume barbare) coule à flot !
C'est sans doute pourquoi, vers la fin du repas, remplis d’un intérêt mollement teinté d'ivresse, nous interrogeons Jo sur sa jeunesse.
Elle raconte alors son départ de Sicile, son arrivée en Tunisie. Elle y a rejoint sa sœur aînée pour devenir sa bonne à tout faire. Jusqu’à ce qu’elle rencontre son futur époux. Je demande :
-         Mais vous vous êtes rencontrés comment ?
-         On s’est rencontré par hasard et par intérêt, non par amour. Moi, je voulais repartir en Sicile et ça arrangeait tout le monde que je trouve un mari en Tunisie et que j’y reste.

T., des larmes plein les yeux, dit « oui mais il t’aimait papa et toi, t’aimes personne ». Et merde, ça va dégénérer… La Jo ne répond pas. Elle tourne juste la tête et hausse le menton.

***

1h du mat : R. se réveille en hurlant. Un bib et cinq câlins plus tard, on en est toujours au même stade… Nous finissons par installer son petit lit dans notre chambre. Mais rien n’y fait. On décide d’allumer la TV dont dispose cette pièce et tombons sur un programme surprenant : Hot Shots en Allemand. Ben oui. Et le miracle fut : je ne sais pas si c’est la langue allemande, le « génie » de ce film inoubliable ou un mélange inattendu des deux, mais il est mort de rire notre loulou ! Il pose enfin ses fesses sur le matelas et fixe l’écran, devant lequel nous ne tardons pas à tous nous rendormir. Merci Charlie Sheen. Merci Goethe.

Parce qu’il est comme ça R.. Du haut de sa grosse année de vie, il rigole sans arrêt. Tout le fait marrer. Il rend gracieusement les sourires qu’on lui adresse, avec dans les yeux une tendresse joyeuse, qui fait tout oublier. Et si j’arrive dans la foulée à respirer le creux de son cou, à m’enivrer de son odeur, me voilà ragaillardie pour des heures… J’oublie que je ne souhaite pas être ici, j’oublie à quel point son frère me manque alors que je l'ai quitté la veille, et je n’ai qu’une envie : « faire des montres » à R. C’est P. qui dit ça. Ça signifie mordiller un petit poignet potelé et y laisser une légère empreinte circulaire de dents.

Justement, il est prévu de voir P. et Ro. lors de notre séjour éclair. Parce qu’ils viennent voir la Jo tous les vendredis. C’est comme ça et y a pas de raison que ça change. Quand ils arrivent, j’ai la sensation de les avoir quittés il y a non pas deux ans mais deux jours ! P. enveloppe R., toute douce. Et Ro va fumer une clope avec moi sur le balcon :
-         Ty sais que j’ai lu un article sur toi. Je me suis dit, quand j’irai en Lorraine, ben je pourrai me faire sauter les PV facilement !
-         Oui, bof, tu sais, enfin… mais tu comptes monter par chez nous ?
-         Non et en fait, j’ai pas quitté Toulon depuis que je suis arrivé en France.
-         En quelle année ?
-         En 62.
-         Ah, oui, quand même. Donc tu n’es jamais retourné en Algérie non plus ?
-         Alors ça non ! Je veux pas les revoir. Quand tu penses quy zont même mis Mourad MEDELCI comme ministre des affaires étrangères, ce tueur de bons petits soldats français ! Et merde la femme, elle a touché mon clignotant !!!

Hein, quoi ? Ro toujours un œil sur sa voiture, a vu quelque chose. Il descend rapidement dans la rue, en quête de vérité. P. vient sur le balcon pour voir de quoi il en retourne. Et lorsque Ro revient, 10 euros dans la main, c’est sa douce épouse, couveuse de bébés, devenue anthropophage, croqueuse de membres, qui hurle « mais cette salope, elle pouvait pas faire attention. Et 10 euros c’est rien. T’as pris son numéro au moins ? »...

***

La matinée du vendredi s’était passée tranquillement dans la maison de T. Jusqu’au coup de fil de G.:
-         Comment ça vous partez cette après-midi ? Il faut convaincre mon cousin de rester, sinon il ne pourra pas me voir.
-         Ecoute, G., nous faisons une visite éclair pour voir ta mamie et lui présenter R. On reviendra une autre fois, pour plus longtemps.
(Je sens bien que j’ai une voix presque suppliante).

Elle raccroche

reDRING

-         Je vais essayer de prendre congés cette après-midi pour voir mon cousin. Mais il ne faut pas que vous partiez avant 18h.
-         D’accord.
(Zut de zut de zut).

Elle raccroche
Re re DRING

-         Mon boss est d’accord, je me mets en route !
-         Bien, rejoins-nous chez mamie, nous y déjeunons.
(Putain, merde, chié).

Elle déboule chez la Jo, salue la famille, colle son cousin en lui posant ces questions incompréhensibles qui l'ont rendue célèbre au-delà des mers.
T., complètement aveugle lorsqu’il s’agit de sa fille, et c’est certainement bien normal, me dit dans un sourire mièvre « il a toujours été tellement patient avec sa cousine ».

En même temps, Ro me parle des règlements de compte des gitans de Toulon : embuscades, fusillades, morts, sang, armes à feu….
Cerise sur le gâteau, T. me murmure :
-         C’est vrai qu’ils sont cousins mais G. le considère comme l’amour de sa vie.

Laissez-moi sortir de cet enfer. Tout le monde parle en même temps. « Mais les gitans, y sont comme ça. Pas seulement voleurs, mais mauvais, tu vois », « Qu’est-ce que ça signifie vraiment, pour toi, la musique ? », « Ou il est peut-être le frère qu’elle n’a pas eu ? »…

Je regarde la Jo. Elle entrave rien, retranchée derrière un mur de silence. Ses appareils auditifs font un larsen de folie qu’elle n’entend même pas. Je la plains, je l’envie, chsais pas trop. Elle sent mon regard sur elle et me dit, lentement, « ton mari, quand il était petit, c’était le Diable », avec les deux yeux exceptionnellement ouverts. Et franchement, ça fout les jetons.


mercredi 13 juin 2012

Turquie soit qui mal y pense

2012

Il est arrivé en retard et s'est collé dans un petit coin.
Les échanges vont bon train, à bâtons rompus, sur les nombreux sujets de la semaine.
Mais d'un coup, big boss s'interrompt et lance à notre visiteur/stagiaire:
"- Pardon M. le Gouverneur, nous parlons beaucoup et souvent par acronymes, peut-être sommes-nous un peu baroques parfois, même. Nous sommes ravis de vous accueillir dans cette réunion hebdomadaire que vous découvrez, ça nous procure une immense satisfaction de vous avoir pour témoin.
- Je pas parler France trop merci
- Ah, très bien, bravo pour cette manifestation d'intérêt".

Voici donc une réplique baroque, je suppose.

mardi 12 juin 2012

Voyage en belle-famille

2006

« Quand j’avais cinq ou six ans, moi, j’aimais mon père et je partais avec lui du lundi au samedi, sur nos terres, à la campagne, en Sicile. Nous prenions des olives, du pain, du poisson séché que je mettais à griller sur des sarments de vigne. Lorsque le repas était prêt, je mettais sa cape en haut d’un grand bâton et il la voyait au loin.
Ma mère a eu cinq fils qui sont morts parce qu’elle n’avait pas du bon lait ». A se demander comment quatre filles ont réussi à survivre. « Un jour, un cousin lui a proposé un garçon. Il est devenu son fils adoptif et elle l’a aimé plus que nous. Avec lui, j’allais le dimanche, à dos de bourricot, chercher les figues, les cerises. »

Joséphine raconte tout d’une traite, comme si le temps risquait de lui manquer pour tout me dire. Nous sommes arrivés hier après-midi à Toulon et nous repartons dans trois jours. Le temps lui manquera, c’est sûr.

Ce n’est qu’hier que j’ai pris le train avec mon fils, en partance pour la BA de l’année, vécue comme la BA du siècle. Sept heures trente de train avec un enfant de quatre ans. Le sacerdoce commence tôt de surcroît : il était 6 h 30 du mat. Je ne sais pas pourquoi je me suis mis dans la tête que les repas occuperaient notre trajet. A 6 h 26, installée à nos places réservées, j’entends « maman, j’ai faim, on prend le petit déjeuner ? ». Jus de pomme et brioche au chocolat sur tablette. Le train se met en route, s’éloigne.

Au bout de cinq minutes, soit une dizaine de kilomètres, j’entends ce qui en réalité rythmerait davantage le voyage que les repas, mon premier « on est presque arrivé ? ».

Sept heures trente plus loin, sans avoir fermé l’œil un seul moment (M. inquiet m’empêchait de dormir, de peur que je loupe le bon arrêt), sans avoir fumé une seule clope (il était paniqué à l’idée que je quitte une seule seconde cette saleté de TGV non-fumeur stoppé en gare), sept heures trente donc après avoir fait vingt-trois trajets jusqu’au WC pour appuyer avec le pied sur la chasse d’eau, c’est rigolo, nous arrivons. Je réunis 1.7 tonnes de bagages comprenant glacière, sac de jouets et valise au poids improbable. M. a déjà mis ses lunettes de soleil et sa casquette depuis plus d’une heure. Descente du train quasi miraculeuse et mes beaux-parents, S. et J-L, accourent. Ils sont à Toulon depuis déjà deux jours. De manière inattendue, nous évitons l’évanouissement de S. (de voir M. sur ses terres) mais pas l’appareil photo de J-L. C’est sûr, avec mes dix-sept sacs, ma queue de cheval de travers, ma patience plus qu’élimée, c’est le meilleur moment. Je lâche « oui, mais là, j’en ai ras le bol ». En homme intelligent, il renonce. Bravo.

Nous grimpons dans la monumentale nouvelle auto, quelques insultes à l’égard de ces parkings sous-terrains définitivement trop petits et en route pour aller chez la mamie de papa, en un seul mot. Pendant le trajet, j’avais demandé à M. de lui choisir un joli nom. Il propose « mamitosaure ». Je change de sujet.

S. a préféré attendre d’être sur place pour annoncer à Jo que j’arrivais avec mon fils. Je suppose qu’elle voulait gérer en direct l’éventualité d’une crise cardiaque. Et lorsqu’enfin nous pénétrons dans son appartement de l’immeuble humoristiquement appelé Le Nevada, je saisis la pertinence de cette prudence.

Même si elle se contient, je sens bien qu’elle est secouée. Le premier fils de son premier petit-fils, en Sicile, à Toulon ou ailleurs, ça doit avoir du sens pour les mamies de 90 balais.

Notre chambre pour quelques jours chez elle est minuscule, avec un lit pour une personne et demi. Le compte est bon.

Tout dans cet appartement a le même âge que Jo. Les couverts en alu dans le range-couvert en plastique dans le tiroir de la table en formica. Quelques poupées dans leur boîte en plastique d’origine, même pas jaunie mais carrément brune. Plein de vieilleries toutes cassées mais toujours en place. Des photos sur chaque espace libre, dont une du papi, avec un cierge en permanence allumé juste devant. Elle a déjà failli foutre le feu à la baraque plus d’une fois, mais butée, elle continue.

***

Cette après-midi-là commence déjà cet étrange rituel local à l’égard des enfants : répéter ses réponses et ses questions, plusieurs fois, en hochant la tête et en souriant, voire en terminant par un « mmm » dont le sens me reste encore inconnu. Cela donne :
S. : il a dit « j’aime bien la mer ».
Jo : il aime bien la mer.
En chœur : mmmmm
Sachant que de la mère ou de la fille, je n’ai pas encore déterminé qui est la plus sourde.

            En coup de vent, passent le grand-oncle et la grande-tante de M., T. et T. Eux, au moins, je les connais un peu.
-         « Hé, salut, il est pas venu ton mari?
-         Non, il travaille, il est au Printemps … (pas l’occasion de terminer cette phrase)
-         Qu’est-ce qu’il est beau son fils ! »
Le ton n’est pas seulement lancé, il est scellé, il pèse lourd.

Au souper préparé par une Jo trottinante, des escalopes de veau panées. Trois repas plus tard, je comprends que la régularité de ce menu n’est pas due à une mémoire aléatoire mais à un principe de vie : on ne passe pas à table sans que des escalopes de veau panées tièdes n’attendent prisonnières entre deux assiettes creuses. Ça ne se fait pas.

Mais ma plus grande frustration culinaire reste le petit-déjeuner. Au premier jour, M. se réveille à mes côtés à 7 h. Chouette. Mes beaux-parents, exilés à l’hôtel, ne sont pas censés nous rejoindre avant 9 h avec les croissants. Commence un dialogue aux concrétisations étranges :
-         Qu’est-ce que tu prends pour le petit-déjeuner ?
-         Un grand café avec un peu de lait froid, s’il vous plaît.

Pensant sans doute que cette réponse était saugrenue, elle me donne la même chose que pour elle, soit un immense bol de lait entier brûlant avec quatre gouttes de café à la chicorée, « c’est pour la couleur ». Et qui me connaît, sait mon attachement ancestral à la cérémonie du café au lait, établie et gravée dans le marbre, à tel point que chacun met à côté de mon café une bouteille de lait glacé pour que je l’accomplisse.
Je dis merci, je suis une fille polie. En même temps, je cherche déjà comment procéder le lendemain pour échapper à ça.
-         Et qu’est-ce que tu manges ?
Moi, tout d’un coup inquiète :
-         S. et J-L arrivent toute à l’heure avec des croissants. Pas de problème, j’attendrai jusque là, merci.

Saisissant le mot « croissants » au vol, elle trottine jusqu’à la cuisine, sort du congèl qui ne doit pas fonctionner très très bien trois croissants, les met au micro-onde environ vingt secondes.
-         Tiens, j’ai ceux-là. Mange. On ne fait pas manière chez moi.
Je ne sais pas s’ils ont le goût du rance ou du presque moisi. Le séjour aux toilettes de la Jo me permet de les planquer au fond de la poubelle, en cachette de mon fils (un peu délateur sur ce genre de trucs).

***

On m’annonce la venue de membres de la famille que je ne connais pas encore : R. et P.
R. me fait marrer. Grande gueule, affable. Je lui demande rapidement d’où il vient.
-         De l’autre côté de la mer, la France pendant la guerre
Incrédule, je réponds :
-         Londres ?
-         Mais non, Alger !!!!!!!!
Je me suis gourée d’une guerre.

Cet homme plein de bon sens enseigne très vite à mon fils de bons principes de vie. Par exemple, à l’école, ce qui importe, c’est de toujours frapper le premier. Mon fils clairvoyant et équilibré lui rétorque : « tu dis des bêtises, t’es rigolo ». Un peu froissé le R.

Deux pastis et une belote plus tard, il m’accorde que je joue bien aux cartes et M. est beau. Je me refuse à remercier, sachant que l’on procède comme si je n’étais pas concernée.

R. me raconte ensuite sa Sicile à lui, d’où vient P. (j’aurais pas deviné !) : le vin à 22 degrés meilleur que l’eau, les magasins d’or qui ressemblent à des quincailleries mais gardées par des hommes armés.

Et sinon Bourges, il connaît. Il y a passé son brevet d’artificier (d’ailleurs, je l’imagine en créateur de feux d’artifice, de magie populaire et enthousiasmante avant de connecter que finalement l’Arsenal de Toulon, son ancien patron, emploie surtout des militaires, voilà). Mais le Printemps de Bourges, il connaît pas.

***

Le soir-même, encore une visite. G., la fille unique de T. et T., vus le jour précédant. Cette fille, c’est un poème. Il y a six ans, nous l’avons eu une semaine à la maison. Personne ne sait ce que désordre signifie sans avoir accueilli cet étrange personnage. Sans compter cette malchance légendaire et incroyable qui la poursuit. Elle cultive une ignorance certainement salvatrice vis-à-vis de tout ça.

Pas besoin de l’entretenir longtemps, cette fille est une usine à questions, auxquelles je ne sais jamais quoi répondre, à part que ces interrogations sont pour le moins obscures.

Brusquement, à un moment où ses questions m’en posaient tant, elle propose gaillardement (dans la maison de sa grand-mère) un café. J’accepte bien volontiers, même si me reviennent en mémoire les propos de son père : « G., c’est toujours dingue ce qui lui arrive ! ».

Elle verse de l’eau dans la cafetière mais se rend compte que la Jo l’avait précédée en préparant le café du lendemain matin. Qu’à cela ne tienne, enlever le filtre pré rempli de chicorée, c’est facile. Mais pour le trop plein d’eau ? Elle dit qu’il lui faudrait un petit tuyau, somme toute. Un quoi ? Cette fille déraille.

-         Non mais c’est pas grave G., au contraire. Fais-en beaucoup et je réchaufferai le reste (de bon) café demain matin (yes, yes, yes).
-         Non, mieux, il me faudrait une paille, ou bien un petit verre.
-         Ah, très bien.

Elle cherche dans toute la cuisine, trouve un minuscule verre, le plonge dans le réservoir de la cafetière, l’y laisse tomber, met cinq bonnes minutes à le récupérer du bout des doigts.

-         Écoute, G., sinon, tu débranches la cafetière et tu la vides, c’est tout.

En nage, elle enlève son pull, à deux doigts de crier sur Jo qui essaye de comprendre pourquoi on a enlevé son filtre de chicorée et pourquoi quelqu’un met les doigts dans l’eau qu’elle a préparée. G. remonte le fil électrique et voit au loin, après un meuble et la machine à laver, la multiprise, se contorsionne, tire, souffle et arrache le bignou. Ah ! Elle l’a eu. Elle traverse ensuite l’appart avec cette cafetière pleine, alors que l’évier se trouve à 40 cm, pour aller jusqu’au lavabo de la salle de bain. Une sorte de tour de stade avec trophée.
Elle revient, pose la cafetière et commence l’entreprise de rebranchement. Déconcertant. Bref, entre « tu veux un café ? » et le café, non seulement il s’est passé trois bons quarts d’heure mais en plus Jo pense que sa cafetière est sans doute en panne vue l’agitation autour de celle-ci et je prends toute l’ampleur du désarroi paternel.

Sans doute pour se faire pardonner, quelques temps plus tard, elle hélitreuille la Jo de son fauteuil, vers 23h, en lui déclarant « allez, tu m’apprends à danser ! ». Est-il encore nécessaire de préciser que G. a demandé un lapin nain pour ses 25 ans ?

Bref, la Jo, finalement bien réveillée, pète la forme à se remémorer les pas de tangos, pense à son Angélino perdu, à leurs danses endiablées et me raconte leurs bals, en Tunisie. Mais tout ça c’est parce qu’elle avait appris à danser avec une cousine du même âge, dans sa Sicile natale. J’en oublie le veau pané et la douche inutilisable et lui demande de me raconter. Parfois elle trouve les mots seulement en arabe ou en sicilien et S. l’aide. Elle me regarde intensément, d’un œil, parce que l’autre se ferme tout seul, de plus en plus.

***

Ce matin, j’ai trouvé le truc : attendre que Jo aille chercher le journal et me faire mon café au lait pendant son absence. Hier, nous l’avons accompagnée. Sur le chemin, une femme de sa connaissance à la coiffure invraisemblable m’explique que la vie est moche, que je ne m’en rends pas compte, mais qu’elle, elle le sait bien. Moi, pleine de bonhomie de si bon matin, je réplique :
-         Mais non, Madame, elle est belle la vie (mais tu devrais changer de coiffeur, tu verrais, ça irait mieux)!
Elle, hargneuse :
-         Puisque je vous dis que non !
-         Ah, très bien.
Son mari est mort et son fils nettoie le bâtiment de Jo. Plus tard, cette dernière me confie : « les enfants, y font ce que tu leurs apprends. Son fils, elle lui a appris à balayer. Moi, les miens, je leur ai appris à aller à l’école ».

***

On me boude et attention l’affaire est de taille : aujourd’hui, j’ai accepté un bidon d’huile d’olive de la part de T., la sœur de S. Ma belle-mère prend ça pour un affront. Susceptibilité culturelle. Nous avons mangé chez T. et T. aujourd’hui. Je sentais bien que c’était mal barré. Moi je l’aime bien cette tatie zarbi, prof de philo comme je suis danseuse classique, certes, mais néanmoins attachante. Et son Allemand de mari me fait toujours bien marrer. Intelligent, cynique parfois et amateur de musique bien sympa. Des années que je n’avais pas écouté les Pink Floyd ! J’arrivais tout de même à entendre une conversation au loin, dans la cuisine, à propos d’une cousine dont on cache le petit-fils depuis six ans, parce qu’il est autiste. On craint que les gens pensent à une tare familiale.

Mais on rit quand même dans cette cuisine. C’est le pays où l’on rit. Ce matin, lorsque nous étions dans le bus, par dépit (je m’étais perdue malgré les « depuis chez la mamie, la mer, c’est par-là, tout droit, tu le fais à pied sans problème », visiblement personne ne l’avait tenté avant moi !), chacun m’expliquait le meilleur arrêt, la plus jolie plage. Les gens nous sourient à M. et moi, comme hier sur le port ou dans le bateau pour Saint-Mandrier, bref, pendant nos matinées « libérées ». Chacun y va de son petit mot pour M. Et la Jo, les seules fois où elle sourit, c’est lorsqu’elle a volé un baiser à mon fils.

Tout le monde est énervé par la simple présence de Jo. On trouve qu’elle imprime pas, qu’elle comprend rien, qu’elle perd la boule. Après deux parties de belote avec elle, j’affirme qu’elle a toute sa tête. Et j’ai bien cru que G., qui lui criait dessus comme un chien, allait s’en prendre une, direct. Une belle baffe, vive, coupante et sans regret. C’est son petit œil qui me l’a dit. Elle n’a pas pris sa raclée mais une telle tôle aux cartes que la Jo semble vengée !

Elle a toute sa tête aussi quand elle s’éloigne lentement dans le jardin pour dégazer au loin. Cette immobilité lointaine ensuite n’est pas un errement, c’est le temps raisonnable et poli d’attente. Elle sait ce qu’elle fait, la Jo.

Mais bon, c’est vrai qu’elle n’a rien compris à l’histoire de l’huile d’olive, il m’a fallu un certain temps à moi aussi. S. n’a pas voulu manger ce soir.
-         Tu manges pas ma fille ?
-         Occupe-toi de ton assiette, maman.



***

35 balais et le pied d’un enfant de quatre ans sur mon ventre pendant que j’écris au lit. Dormir à ses côtés est un ravissement, un enchantement. Plus je connais mon fils et plus je le trouve magnifique. Tous les jours, il me montre que son cœur est énorme et à chaque instant où je me dis ça, je passe ensuite dix secondes à chasser de mon esprit toute image de mort. Il ne mourra jamais, il est éternel. Une étoile ne peut devenir poussière, sinon poussière d’ange. Cette âme merveilleuse ne peut que nous transcender. Oh, putain, bientôt plus d’encre dans mon seul crayon et plus de pages dans le petit cahier piqué à M. et pourtant encore tellement à relater. Zut, comment faire alors pour parler de la douceur de ses bras qui m’enlacent au petit matin ? Comment expliquer que c’est au milieu de ces inconnus que je le découvre vraiment, ce petit être ? Ce grand être.

***

Alors, le personnage d’aujourd’hui vaut son pesant de cacahouètes ! A. est le nouveau mari de Jocelyne, la fille de R. et P., vus le 2ème jour. Nous sommes chez eux. Dans les cinq minutes qui suivent les présentations, il arrive à me dire qu’il est pied-noir. Il est doux, poli, bouge lentement et M. se prend d’une passion inexpliquée pour lui (même chose avec G. d’ailleurs, les enfants recherchent les simples d’esprit sans doute !). Mais A. a une face cachée, faut le savoir.
-         Metz, mmm, c’est pas loin de Toul ? Je connais, c’est là qu’habite mon héros : le général Marcel Bigeard.
De prime abord, je crois à une blague et je me marre poliment. Halte-là, le monsieur fronce les sourcils et insiste. Si si, c’est bien vrai. Juste ciel, qui va me sauver de ce mauvais pas. Bravement, J-L accourt :
-         Qui a regardé le match de foot hier ?
Je me demande si le remède n’est pas pire que le mal, et A. d’embrayer :
-         Vous qui êtes Lorrains, vous devez savoir qui est le meilleur entre Zidane et Platini ?
J-L qui veut paraître à la page, moderne quoi, lance fièrement :
-         Zidane !
L’autre sans broncher :
-         C’est que vous aimez pas le foot alors.


Je m’éclipse pour fumer une clope sur le balcon. R. me rejoint. Y m’aime bien, je crois.
-         Et sinon, ty fais quoi, toi ?
-         Hum, je travaille pour le P....
-         Ty es secrétaire ?
-         Heu, non pas vraiment.
Et j’explique en deux mots.
-         Et ty as fait les études pour ça ?
-         Ben oui.
-         Alors, c’est pour ça que tu joues bien à la belote.

En arrivant, j’avais demandé à P. de me montrer des photos d’elle, jeune. Tout le monde me disait qu’elle était si belle avant. Dans le couloir, une photo d’elle façon Scarlett O’Hara, robe de bal vert tendre et une peinture d’elle « en habits de chinoise », pour le moins déroutante.
Plus loin, une photo genre bouquet final du Crazy Horse.
-         Et là, qui est-ce ?
-         C’est mon fils.
(Ah, merde, où ça ? C’est lui la dame maquillée, avec des talons vertigineux, des paillettes partout et une plume dans le cul ? Très bien).

Quand je pense que c’est l’oncle Y. qu’on traite de tapette… heu… y a erreur sur la personne! D’autant que le Y. en question, je l’ai vu pas plus tard que ce midi (S. dit en blaguant que nous avons un emploi du temps de ministre et plus elle le répète et plus je sens mes cernes qui se creusent). Le Y., il est beau comme un camion, tout bronzé, les yeux bleus, revenant de la pêche aux oursins, viril comme tout. Et en plus, c’est le seul qui ne hurle pas sur Jo, avec J-L et T., les stoïques pièces rapportées.

Tout le monde a passé son temps à me dire le plus grand mal de Y. mais une fois dans la même pièce, chacun lui réserve un traitement de faveur. La Jo lui fait un café sans chicorée et lui sort des petits Napolitains même pas périmés. S. lui pose plein de questions, ce qui est fort rare. La place du frère, du fils, dans une maison où le père est mort, c’est dingue.

Au programme de demain, rencontre avec K., la fille d’un monsieur mort en "Irak" et de la sœur de P. A la première version de l’histoire, j’ai cru à une nana de mon âge et à la guerre du Golfe. Que néni. Le mort, c’était dans les années soixante. Il était un peu tailleur, un peu autre chose et très Sicilien. En vrai, il s’est fait choper en train de picoler en Arabie Saoudite. L’est revenu dans une caisse en bois, même pas dans le beau costume qu’il s’était fait avant de partir. Faut le savoir. J’ai hâte, j’ai hâte !

***
Ce matin, les fesses dans le sable, je regarde mon fils dans l’eau. Il y a un couple de vieux qui font des longueurs de plage, en dos crawlé, avec des bonnets de bain identiques et argentés. J’entends Aznavour à la terrasse du café juste derrière. Des dizaines de voiles à l’horizon. Ma première et dernière sensation de vacances.

***

On imagine que la maison de K. est une maison de pute. C’est un bien grand mot. Disons plutôt que celle de Dynastie fait pâle figure. Un piano à queue blanc n’arrive même pas occuper tout l’espace qui lui est réservé.
-         C’est toi qui joue, K. ?
-         Non, c’est mon fils.
-         Ca doit être tentant de s’y mettre, un si bel objet….
-         Tu sais, j’ai pas trop le temps. En plus ça m’a pris beaucoup d’énergie de dessiner la maison. Je m’en suis même fait une hernie discale !
-         A ce point ?
-         Je te fais visiter ?
-         Mais bien sûr !
Quatre salles de bain et une piscine plus tard :
-         Et là, c’est notre boîte de nuit, si on peut dire.
Dans son garage grand comme ma maison, les murs sont argentés, des boules à facettes brillent de mille feux. Spots, platines DJ, tout y est.
-         C’est là qu’on fait les anniversaires, les trucs comme ça…
-         C’est très… très sympa.
Et pendant toute l’après-midi, tout le monde se fout la gueule dans une immense baie vitrée qui donne sur un jardin en escalier avec vue sur la mer. Elle ne demande pas si les gens se sont fait mal mais dit qu’on lui salope ses vitres et s’évertue à les refermer à chaque fois que quelqu’un les ouvre. Ça nous rend vaguement immobiles, chosifiés dans un salon où je me rends compte que le truc de deux mètres sur trois, derrière moi, c’est la télé, qui reste d’ailleurs allumée pendant toute notre visite.
Sa Sicilienne de mère était là, une femme toute ronde avec une voix sidérante de vieille fumeuse et un putain d’accent qui fait que je la comprends à peine.
En même temps, G., née en France, s’exprimant plutôt bien, je ne la comprends pas non plus. Ce midi encore, cette fille me laissait à voir une immensité de mystères :
-         Il faut que je te parle de quelque chose qui me concerne.
-         (Quelle surprise !)
-         Une de mes collègues de fac a raconté un jour en cours que son mari était revenu très déçu de son travail. Presque triste. Elle lui a servi un verre et lui a fait un câlin dans le dos. Le prof de psy lui a expliqué que désormais ce monsieur associerait toujours ces gestes à un sentiment de déception (c’est moche). Ben, tu vois, la première fois que je t’ai vue, je venais de me faire larguer. Du coup, je t’associe systématiquement à des pleurs. Qu’est-ce que tu en penses ?
-         ………..

***
J-L, seul avec moi pendant deux minutes, me demande rapidement :
-         Ça va toi, tu tiens le coup ?
En pleine crise d’honnêteté après des jours de sourires parfaits et de présentation de mon meilleur profil, je lâche :
-         Faudrait pas que ça dure un jour de plus ! Je ne sais pas comment vous faites depuis toutes ces années !
-         Moi non plus…. Et ton pied, ça va ? (Je crois bien que c’est la seule question que l’on m’ait posée en dehors de « et pourquoi tu en reprends pas » ?)
Parce qu’en fait, une saloperie m’a bouffé la cheville, un truc de dingue. Et nombreux sont ceux qui, finalement bien braves, m’ont sorti force crèmes et compresses. Le mélange du tout a maintenu constamment enflé un truc qui aurait dû disparaître il y a 48 heures.
-         On fait aller, J-L, on fait aller.
-         Ouais. (il s’agit de sa réplique favorite, qu’il sort même au beau milieu d’un silence, d’un seul coup, comme dans un souffle.. ouais).

***

La Jo a lavé notre linge avant notre départ. Chaque appartement a droit à sa rangée de fils, dehors, le long d’un balcon intérieur. La voisine du dessus avait son linge qui gouttait sur le nôtre. De fait, ça doit arriver souvent. Néanmoins, la Jo, remontée comme une horloge, file la voir et sans mollir entre chez elle sans toquer, gueule, redescend en annonçant que c’est tellement le bazar chez cette Arabe qu’elle a eu du mal à marcher dans son couloir ! Ni une ni deux, elle appelle le syndic :
-         J’ai vécu huit ans d’enfer avec ma voisine du dessus !!!!
Ceci dit, on m’apprend que cette dame est arrivée l’an passé. C’est pas grave.


***
Voyage en belle-famille.
Cinq jours pour comprendre que mon univers n’est pas universel.

lundi 4 juin 2012

« Une civilisation débute par le mythe et finit par le doute.»

2012

On fantasme beaucoup sur les RG. Enfin moi. Enfin avant. J'imaginais quelque chose entre Graham Greene et John Le Carré. Un truc inquiétant et donc séduisant. Un peu secret. Bref des sortes de "frangins" mais en sportifs et qui seraient nés après le "SAC" de de Gaulle, bien sûr.

Bon, la force de l'expérience désormais a brisé la légende et pas qu'un peu. 

Première rencontre historique il y a 10 ans, avec une cheffe de RG qui lors d'une soirée, un peu bourrée, se lance dans une histoire drôle "alors c'est Ping, un chinois quoi, John un américain, et... mince y s'appellent comment les Noirs déjà... mais si vous savez? Les Noirs, y s'appellent toujours pareil. Traoré quoi ou un truc dans le genre nan?".... je n'ai pas jugé nécessaire d'écouter la suite.
Deuxième rencontre avec un autre chef: "car voyez-vous Mademoiselle j'ai une magnifique collection à vous présenter, de très très beaux jouets joujoux jeux, de tous les âges, de tous les styles et pays. Ça prend 4 pièces de ma maison. Quand pourriez-vous venir voir ça?".
Le suivant: "tu sais, faut avoir l'air d'un gros con pour ne pas se faire repérer, c'est pour ça que je suis toujours en mocassins et bermuda, comme tout le monde" disait-il en vérifiant l'emplacement de son holster terriblement discret.
Le dernier, un fan de littérature, brillant et cultivé, sur le papier, souffrait malheureusement sans doute d'une grave pathologie qui nécessitait qu'il se grattât les attributs environ toutes les 2 à 3 minutes. Ça en devenait presque un signe de ponctuation dans les conversations. 
Au-delà de posséder une hygiène buccodentaire aléatoire, il semblait chaque jour s'être endormi la veille sur son canap, à l'arrache, avec les mêmes fringues....

"L'espionnage serait peut-être tolérable s'il pouvait être exercé par d'honnêtes gens", nous rappelle Montesquieu....