mardi 13 octobre 2015

"Etre nul serait tolérable si l'on n'en était pas conscient."

Ouf, je peux aller prendre l'air à Paris! Prendre l'air et de la hauteur. A coups sûrs. Nos instances nationales recèlent certainement des trésors d'argumentaires, des années de recul sociologique, des guides spirituels qui donnent du sens à nos conneries.
En fin de séminaire, le micro tourne afin que notre parterre de galériens s'exprime.
"- Je rencontre de grandes difficultés à mobiliser les acteurs de mon territoire sur le sujet qui nous préoccupe aujourd'hui. Comment pourriez-vous m'aider?
 - La coercition, en fait, ça ne marche pas beaucoup. Vous n'auriez pas moyen d'être convaincant?"
...



jeudi 8 octobre 2015

“Il faut juger à froid et agir à chaud.”

Un Big Boss débutant, avec une gestuelle presque enfantine, ne trouve rien de mieux que de lancer en réunion: "Vous connaissez nos difficultés croissantes à respecter nos budgets de fonctionnement, c'est terrible. Je me disais, franchement, bloquez les radiateurs dès que vos agents auront le dos tourné: les arrêts maladie ne sont pas sur notre budget, en revanche les fluides si."

Un boulier? Les boules!

La responsable du pôle des affaires financières de Big Boss Area s'appelle Marie-Chantal. Si.
Marie-Chantal a les cheveux frisés sur le dessus du crâne mais courts et raides sur les côtés. Marie-Chantal, chantre des finances, experte es-comptes publics, vient en réunion avec des feuilles volantes, écrites à la main au recto, textes dactylographiés mais barrés au verso. Marie-Chantal est certainement éco-responsable. Elle écrit donc à la main des quantités de chiffres, au crayon de papier et en bas de page, elle tire un trait avec une règle pour signifier la fin de l'opération. Marie-Chantal se méfie des ordinateurs et lorsqu'elle est contrainte à utiliser un tableur, elle entre consciencieusement les chiffres mais garde une calculette pour faire les totaux, car Marie-Chantal ignore l'existence de la fonction "somme".
Marie-Chantal est particulièrement gradée, fait une belle carrière et chapeaute des millions d'€ d'argent public.
Marie-Chantal me fait peur.

mardi 22 septembre 2015

Travailler dans le vent

J'ai fini bien trop vite la rédaction du discours de big boss qui va recevoir une Brioche de l'Amitié. Y compris les versions moins smarts, plus drôles et non remises commençant par "je considère ce cadeau comme un double hommage d'une part à mon embonpoint et d'autre part à la qualité de l'amitié que vous me portez" ou bien "comme vous le savez, je suis diabétique et je n'ai pas d'amis" ou encore "l'art subtil de la confection de viennoiserie résoudra à coups sûrs la problématique de l'hébergement des handicapés mentaux en France et je vous en remercie".  Bref.
J'ai fini trop vite alors je regarde Suzanne. J'écoute Suzanne. 
Et Suzanne souffle, transpire en cette fin d'été caniculaire.
"- Mais qu'est-ce qu'il fait chaud. Allez, heureusement, il y a des ventilateurs! dis-je en me levant joyeusement pour aller rafraîchir l’atmosphère.
- Ah non, ça non alors!
- Pardon?
- Vous z'avez pas intérêt, je vous le dis, moi je veux pas ça, je veux pas ça dans ma figure, ah ça hors de question. Non j'ai dit non, je vous dis non, c'est non!" hurle-t-elle.

Ceci dit, fait nettement moins chaud d'un coup....

lundi 21 septembre 2015

Welcome

"- Ah, la voilà! Salut, ça va? Bon, je te montre ton bureau. Je t'ai mise avec Suzanne. Tu la connais, Suzanne, hein?
- Non, je ne crois pas.
- Mais si. En tous cas, elle te déteste.
- Ah? Mais je t'assure que je ne sais pas qui c'est! Et pourquoi me déteste-t-elle?
- L'année dernière, tu as dit un truc pas sympa sur son boulot.
- Mais je ne travaille plus ici depuis 2 ans et demie!
- Ah oui, tiens. Ben ce n'était pas toi alors.
- Mais tu lui as dit?
- Nan.
- D'accord.... Et sinon, tu m'as mise sur quoi?
- Tu vas préparer les rencontres politiques de Big Boss.
- Ah, super, c'est un boulot de dir cab!
- Nan, parce que ton boulot, tu me le donnes, je le donne à la Dir Cab, qui le donne à Big Boss.
- En effet, rien à voir..."

vendredi 18 septembre 2015

“La gravité passe si souvent pour de la compétence.”

L'animateur: "Bien, Messieurs, après avoir évoqué cette nouvelle obligation de parité y compris au sein de commissions administratives... admettons... je souhaite que nous fassions un point sur les compétences critiques dans nos différents services"

Un membre éminent du tour de table: "des compétences quoi?"

Un autre membre: "ça doit être la compétence d'avoir l'esprit critique, un truc comme ça."

L'animateur: "que nenni, il s'agit de faire le point sur des compétences indispensables, longues à acquérir et difficiles à transmettre, au sein des équipes."

En chœur, les têtes couronnées locales: "nan, c'est bon on n'est pas concernés."

jeudi 17 septembre 2015

“Si on s'apercevait que la terre tourne, les manèges feraient faillite.”


Nos métiers de presse, de com, de cab sont étranges. Fugaces, passionnants, méchants, stimulants... ils nous mangent et l'on aime ça. On se laisse happer une jambe, un bras, tout en pédalant bizarrement toujours plus vite.
Et puis un jour, ça s'arrête. On propose encore un petit morceau de sa main à dévorer, hein, si c'est bon, tiens! Eventuellement, cela nous assure un dernier tour gratuit. Jusqu'à l'arrêt définitif qu'on n'avait pas vu venir, ou pas si tôt.
Fini le tumulte, le brouhaha, fini de pédaler à faire tourner le manège enchanté.
Car nous n'y étions ni le carrosse ni le cheval blanc et encore moins l'hélico. Nous y étions soutiers.
Une personne centrale, oui, au sein de ce manège. Installée sur son pédalier. Bien au centre. A l'endroit qui fait le plus tourner la tête.
Et comme on reste bien élevé, après des jours et des années, à tourner sur soi-même, en pédalant de toutes ses forces pour que le carrousel pivote en rond sous les néons, même lorsqu'il faut vomir, on le fait au creux de sa main.