Ce samedi matin à
Longwuyon, le mercure est largement descendu en dessous de zéro.
Nous l’attendons. Devant une chaudière biomasse à inaugurer qui
ne dégage malheureusement pas la moindre chaleur, nous l’attendons.
La mairie a choisi de
petits enfants pour porter ciseaux et ruban. Le bonnet au ras des
yeux, le bout du nez tout rouge, ils patientent en grelottant. Et
toutes nos têtes couronnées locales sont rentrées dans les
épaules, ne laissant apparaître elles aussi que des appendices
nasaux humides. Il règne un silence incroyable. Comme si prendre la
parole, échanger quelques mots allait gâcher une énergie
entièrement mobilisée à lutter contre le froid. Le brouillard est
lourd, ne s’estompe pas, comme une matérialisation de l’hiver,
qui nous rend inertes et congelés. Nous sommes un peu posés
là,comme des statues, des statues qui implorent que le temps passe
plus vite alors qu’il semble s’être arrêté. Et nous n’arrivons
pas bien à penser à quoi que ce soit d’autre, un phénomène de
glaciation s’étant emparé de nos neurones.
C’est quand le moment
où je les préviens que la ministre sera en retard ? Que son
chef de cabinet m’a appelée toute à l’heure pour faire stopper
le cortège en rase campagne pour un arrêt pipi ? Nan, c’est
mieux de ne rien dire. De toutes façons, il me semble que mes
mâchoires refuseraient cet effort.
J’ai prévu 20 minutes
bien tassées pour cette séquence : le temps de descendre de
voiture, dire bonjour, cajoler la joue des chérubins, couper le
ruban, en partager de petits morceaux, se laisser expliquer le
fonctionnement d’une chaudière biomasse par quelqu’un de
nécessairement passionnant, prendre la parole pour dire qu’on est
fier, écouter le maire qui est fier aussi, remercier, saluer...
Elle arrive enfin. Ses
mains sont fines et gantées de bleu canard et ses élégants
escarpins rappellent ce détail. Son sourire est beau.
Elle court au ruban et le
coupe. On applaudit sourdement à cause des moufles. Puis elle
s’exclame « mon Dieu qu’il fait froid » et remonte en
voiture en saluant d’un joli geste de sa main habillée les
invités : « Au revoir au revoir !». Invités
présents dans la froidure depuis presque une heure, pleins de
bravitude certes, mais qui auront profité de la grâce durant
environ 3 minutes... Quelque chose me dit que ça va être difficile
de leur parler de lutte contre le réchauffement climatique tout de
suite tout de suite.