J'avais pourtant bien échangé avec cette éleveuse de plus de 120 vaches. Au milieu de milliards de mouches, sous un soleil de plomb, nous avions ensemble déterminé le parcours, les haltes, les sujets. Pourtant le jour fatidique, arrivée 20 minutes avant les VIP, je constate que ce ne sont pas 120 vaches mais 120 agriculteurs, quasiment fourches à la main, qui constituent un comité d'accueil révolté.
Teint hâlé, regard noir, cheveux au vent et verbe haut, ils m'haranguent et crient "il a intérêt à répondre à nos questions, il ne connaît pas notre misère, on ne le laissera pas partir". Je réponds maladroitement, tout sourire, à coté de la plaque, persuadée que la seule femme que je suis parviendra à amadouer ces messieurs tout colère. "C'est pas la peine de vous marrer, on foutra le bordel"...
J'avoue que je suis parfaitement désemparée, ayant conscience que l'heure tourne et qu'aucune issue favorable ne se profile à l'horizon. Quand soudain, une sensation de chaleur, presque douce, presque réconfortante, s'empare de mon genoux gauche pour couler le long de mon mollet et finir dans ma ballerine. Mais qu'est-ce? Le chien de la ferme est en train de me pisser dessus.
Je pousse un petit cri d'effroi qui interrompt l'assistance dans ses emportements. "S'il vous plaît, aidez-moi!".
Et voilà que ces forces de la nature, pourtant chemisettes retroussées et poings vengeurs, se mobilisent en masse pour sauver ma triste apparence. "Putain, c'est pas de chance, venez, on va pas vous laisser comme ça". Un trouve un tabouret, l'autre un seau, on court chercher de l'eau, de l'essuie-tout, on m'ôte mon soulier pour aller le nettoyer, on me frotte, tout en me racontant ces histoires sordides de salles de traite dans lesquelles les vaches se soulagent sur les têtes des agriculteurs et c'est pas la même limonade, c'est sûr.
On en oublierait presque les gyrophares et les motards qui nous rejoignent.
"Merde, merde, merde, il est là, vite, vite, vite, redonnez-moi ma chaussure, merci, merci, merci". Sautillant à cloche-pied, soutenue par les nourrisseurs du peuple, je rejoins le cortège pour un accueil étrange et simple, où le VIP constate que les sourires sont de mise. Plus tard bien sûr, les revendications sont exposées et ce proverbe tape dans ma tête: "tout paysan debout domine noble à genoux".
Teint hâlé, regard noir, cheveux au vent et verbe haut, ils m'haranguent et crient "il a intérêt à répondre à nos questions, il ne connaît pas notre misère, on ne le laissera pas partir". Je réponds maladroitement, tout sourire, à coté de la plaque, persuadée que la seule femme que je suis parviendra à amadouer ces messieurs tout colère. "C'est pas la peine de vous marrer, on foutra le bordel"...
J'avoue que je suis parfaitement désemparée, ayant conscience que l'heure tourne et qu'aucune issue favorable ne se profile à l'horizon. Quand soudain, une sensation de chaleur, presque douce, presque réconfortante, s'empare de mon genoux gauche pour couler le long de mon mollet et finir dans ma ballerine. Mais qu'est-ce? Le chien de la ferme est en train de me pisser dessus.
Je pousse un petit cri d'effroi qui interrompt l'assistance dans ses emportements. "S'il vous plaît, aidez-moi!".
Et voilà que ces forces de la nature, pourtant chemisettes retroussées et poings vengeurs, se mobilisent en masse pour sauver ma triste apparence. "Putain, c'est pas de chance, venez, on va pas vous laisser comme ça". Un trouve un tabouret, l'autre un seau, on court chercher de l'eau, de l'essuie-tout, on m'ôte mon soulier pour aller le nettoyer, on me frotte, tout en me racontant ces histoires sordides de salles de traite dans lesquelles les vaches se soulagent sur les têtes des agriculteurs et c'est pas la même limonade, c'est sûr.
On en oublierait presque les gyrophares et les motards qui nous rejoignent.
"Merde, merde, merde, il est là, vite, vite, vite, redonnez-moi ma chaussure, merci, merci, merci". Sautillant à cloche-pied, soutenue par les nourrisseurs du peuple, je rejoins le cortège pour un accueil étrange et simple, où le VIP constate que les sourires sont de mise. Plus tard bien sûr, les revendications sont exposées et ce proverbe tape dans ma tête: "tout paysan debout domine noble à genoux".