mardi 29 janvier 2013

"Si ça continue, va falloir que ça cesse"

2013



« Action »

Merci à tous d’être venus si nombreux pour ce faux départ ! Faux départ oui puisqu’il est prévu que je revienne dans 2 ans et demi. Donc « I’ll be back ». C’est une réplique que j’ai eu l’occasion d’écrire il y a une vingtaine d’années.

J’ai promis que ce discours ne ferait pas dans le patos. D’autant que je n’arrive plus à remettre la main sur mon truc là. Si je l’avais acheté il y a 6 ans, en me promettant de faire du sport, de retourner à la piscine, tout ça. Bon, je n’y suis jamais retournée. Et ce machin a disparu, oui, mon mascara waterproof. Conclusion donc, pas d’émotion.

Et puis, les contractuels font souvent des discours de départ, en moyenne tous les 3 ans !
 Le 1er que j’ai eu l’occasion de faire, c’était en quittant une communauté de communes que je dirigeais. J’y disais à l’époque « il y a 3 ans, nous étions 6 communes, je pars avec tout un canton qui adhère désormais à notre collectivité, une équipe doublée etc, etc... ».

Alors forcément, je suis un peu en délicatesse aujourd’hui. Vous noterez qu’à mon arrivée nous étions 7 personnes.
Aujourd’hui, je laisse 3 personnes et deux fois moins de budget. J’ai envie de dire, à côté de ça, Arcelor : pipi de chat.
Je me dis que c’est ce sens aigu des économies imposées à mon service qui a séduit vraisemblablement mon futur employeur… Et merci de ne rien dire sur le fait que je n’y suis strictement pour rien…

Comme je passe à l’ennemi, que je fais un acte de félonie, que je brûle mon drapeau, j’ignore si un procès en haute trahison m’attendra à mon retour, si l’on me jettera dans une geôle obscure, dans une sombre prison dans un quelconque souterrain préfectoral ou non... Mais bon, tant pis, j’y rencontrerai ainsi quelques personnes connues et punies elles aussi … Peut-être vais-je retrouver du coup Talleyrand, Brutus, Alcibiade, le maréchal Bazaine qui livra Metz sans combattre, Richard lll, mais aussi Robert Trujido qui planta Ozzy Osbourne, le mec qui a donné le Gang des Lyonnais, Nelly Olson, le Tullius Détritus d’Astérix et le troublant Marine Brody de la série Homeland (ouh chouette) et j’oubliais…. Comment il s’appelle déjà ce mec… ha oui : Judas. Ah mais on va pas s’emmerder, ça c’est sûr !

On se racontera nos histoires, je leur dirai qu’avant tout ça, j’ai travaillé bravement pour l’Etat, pendant une douzaine d’années. Que durant les 6 dernières, j’occupais un poste très particulier. J’étais metteur en scène. Oui, oui, oui, messieurs, dames. On m’appelait la Scorcese de la préfectorale, la Tarantino des DDI, la Louis Jouvet des déplacements ministériels.
Ouais, c’est sûr que j’en rajouterai un chouillat, hein, faut tenir la route aussi à côté de personnages aussi célèbres. Et surtout, je prendrai grand soin de ne jamais leur parler de ce supérieur qui un jour me demandait : « mais à quoi servez-vous, en fait ? ». A l’époque j’avais hésité entre un comportement philosophique « oui, finalement, à quoi servons-nous » et une réponse complètement dépressive, « merde, mais oui, à quoi je sers ???? ». Finalement, je me disais que c’est toujours intéressant de s’interroger sur nos pratiques, qu’en effet cette République Compassionnelle nous amène à orchestrer des choses parfois sidérantes : la promotion d’une vaccination martiale contre la grippe dans des gymnases, le départ légitime d’un enfant handicapé pour le Kosovo puis son retour légitime d’un enfant handicapé du Kosovo, l’arrivée de 2 ministres pour 2 morts (le préfet de l’époque ayant le courage et la clairvoyance de souffler à un troisième ministre « non, ne venez pas, vous serez plus nombreux que les morts »). C’est pour ça que j’ai fini par m’autoqualifier de metteur en scène, par dérision … ou instinct de survie.

Ça me fera plaisir de pouvoir enfin raconter ma life sans que ce soit un drame. Mon prédécesseur me disait : le problème de ce boulot, c’est que tu ne peux rien dire. Au mieux c’est secret, au pire si tu relates, tout le monde trouvera que tu te la pètes sévère et tu perdras tes copains. Ça s’est vérifié d’ailleurs.

Alors que franchement, ça me semble tout bonnement très drôle de raconter que Christian Poncelet, lorsqu’il arrive en Préf, rapport à sa prostate et 1h30 de bagnole, file comme l’éclair malgré ces 90 balais et demande sans même dire bonjour « c’est où les cabinets ? »….
Bon et quand j’aurais donc fini de faire ma frimeuse auprès de mes nouveaux amis traitres, au fond de notre cachot, une fois que je leur aurais dit que je suis passée un nombre incalculable de fois à la télé (mais seulement ma main sur la clenche d’une porte de salle de réunion, ou seulement mes cheveux près de l’épaule d’un ministre…. Bref, je suis passée à la télé environ 100 fois mais toujours en pièces détachées), je leur ouvrirai donc mon cœur à mes nouveaux amis historiques et je parlerai des gens, ici, que j’ai aimés, de ces belles âmes, de mes âmes sœurs.

Je leur dirai que retrouver Marie, Thierry et Babette (Seb, Maud, Marie V et Ludo que je me permets d’inclure dans notre équipe) était une joie quotidienne. Que malgré les crises, les galères (acteurs pas à la hauteur, caprices de star, décors en retard, répliques pas au point) jamais rien ne nous a éloignés, au contraire.
Pas un jour n’est passé sans un fou rire,
Pas un jour sans se serrer les coudes, se soutenir.
Je sais ça rime.

Lorsque quelque drame personnel m’arrachait des larmes des yeux, ils me tendaient les bras. Quand j’avais du vague à l’âme Thierry prenait l’accent luxembourgeois, Babette riait comme elle seule est capable de le faire et Marie passait tendrement sa main dans mon dos.
Thierry, Babette et Marie, c’est de l’empathie en barre, c’est ma garde rapprochée, mon GSPR à moi (ça c’est une blague qu’on ne peut pas faire partout par exemple). Avec eux à mes côtés,
Il ne pouvait rien m’arriver.
Oui je sais, ça rime encore.

Je connais leurs vies, les défauts de leurs conjoints (qui bougonne, qui parle sans cesse, qui cuisine comme un pied), les aventures de leurs enfants (qui se pète le genou, qui téléphone 5 fois par jour à maman, qui entreprend des constructions informatiques incompréhensibles).
Et je connais surtout leur immense générosité à mon égard.
Et tout ça malgré mon caractère de chien. Car comme dirait Marie : « nan, c’est pas vraiment que tu sois butée, hein, c’est juste que quand t’as dit non, c’est compliqué de te faire changer d’avis. »….

Alors je pars le cœur gros, gros de tout ce que vous m’avez donné. Aucune gloire ne retombe sur nous. La célébrité de ceux que nous côtoyons reste la leur, jamais la nôtre. Notre seule, notre immense richesse, c’est notre solidarité. Les jolis films que nous réalisons ensemble sont connus pour leurs acteurs, pas pour nos efforts. C’est le jeu auquel nous avons accepté de jouer.

Voilà en 6 ans, j’ai eu le temps de prendre 15 kg et d’en perdre 10, bref d’avoir mon deuxième enfant. Le temps d’avoir un mentor et de le perdre. De vous rencontrer, de vous découvrir et de vous aimer. Le plus beau cadeau que vous m’ayez fait, c’est de me rendre tout cet amour que vous m’inspiriez. Merci.

"Coupez".

vendredi 11 janvier 2013

"Et pis la santé surtout!"

2012

Certaines dates anniversaires, lorsqu'elles reviennent, ramènent leur lot de souvenirs. Les vœux par exemple, moment convivial et normalement agréable, peuvent largement déraper.
Un inoubliable savon me fut consciencieusement passé à cette occasion.
Convoquée en urgence le lendemain de la cérémonie par big boss, je devais entendre ça:
"- C'est inadmissible, vous n'étiez pas présente pour mes vœux, je suis extrêmement fâché.
- J'étais à Sarrebruck, je vous y représentais.
- J'en ai rien à faire.
- Peut-être mais vous noterez que je n'ai pas le don d'ubiquité...
- C'est inexcusable, intolérable!
- Mais...
- Et arrêtez de répondre, je ne vous ai pas posé de question.
- M'enfin...
- Taisez-vous. A cause de vous, voilà, hein, tout ça, c'est votre faute.
- Pardon?
- Nan mais parce que, par exemple... j'ai fait une blague dans mon discours.... Bon ben personne n'a ri. Si vous aviez été là, vous auriez au moins pu expliquer cette blague aux journalistes, pour qu'ils la reprennent! Nan, vraiment, je suis très... vraiment, non mais quand même, je le suis."

J'imagine que l'adjectif cherché en vain était "vexé".