mercredi 30 novembre 2011

Black Panthère

2009

Mais quelle est belle! Oui une beauté exotique, un grain de peau sublime, une allure folle. Même le chef est un peu ému. 
Le principe des cortèges, c'est une première voiture VIP, une de flics, puis le reste de la délégation. Hop, c'est parti. Sauf que notre éclatante star fait un autre choix. D'accord pour la voiture VIP, mais en solo. Elle plante ainsi big boss un peu déboussolé que nous recueillons dans notre voiture-balai. Il n'essaye même pas d'en plaisanter ou de nous monter un plan fumeux, il se contente de ruminer. Arrivés à destination, nous sortons des autos et nous patientons un brin anxieux devant la première voiture pendant plus de 10 minutes. Elle est là, à l'intérieur de la caisse du chef, magnifique et souriante, le portable rivé à l'oreille, en train de fumer clopes sur clopes sur les fauteuils en cuir, pendant que des assocs qui sauvent les chtits nenfants patientent dans le froid et que big boss semble songer aux bienfaits des OQTF*.

*obligation de quitter le territoire français

"Lorsqu'un humoriste déclenche des rires imprévus, sa première réaction est de vérifier si sa braguette est ouverte"

2011

Parfois, très rarement, je regrette d'être une femme. Comment dire, ça freine la prise de parole.
Par exemple, on regarde le chef s'assoir sur un de ces terribles tabourets hauts de plateau télé. Qui a bien pu inventer ces engins de torture qui donnent soit un côté affreusement guindé, soit au bout de quelques minutes de présence et un avachissement compliqué sur la table du micro, un aspect lamentable? Il s'assoit donc après que j'ai évacué quelques pellicules sur ses épaules sous le prétexte fallacieux du "ha ben zut, tiens, vous avez des traces de maquillage". Je me sentais bien, il se sentait bien, il est assis disais-je, on va pouvoir commencer, ça roule mais ho nan mais que vois-je? Bah, y a pas de doute, il s'agit d'une braguette ouverte. Et on va se mentir, elle n'est pas juste timidement entre-ouverte, hein. Mais béante. Voilà.
Le premier choix qui me vient à l'esprit est forcément de ne rien dire du tout du tout du tout, mais un passage en régie me montre que les quelques téléspectateurs se rendront bien compte que quelque chose cloche, dirons-nous.
Un seul autre choix s'impose donc: s'exprimer. Mais c'est comment qu'on dit ça, en fait? Plusieurs formulations me sont revenues en mémoire quelques heures après: "M. le...., vous devriez vérifier votre ceinture, le haut de votre pantalon etc etc....". Malheureusement trop tard.
Car, pas de chance, mon cerveau refuse de me fournir une autre alternative, moins transgressive, que "M. le .... votre braguette est ouverte" et comme pour me donner du courage, je la lance tout de go, peut-être en parlant fort, qui sait, et en même temps que le compteur qui annonce 5 - 4 - 3 et qui s'interrompt immédiatement. Et pour occuper cet étrange silence, j'ajoute, la tête sur le billot, "vous devriez la fermer, je suis sûre que vous vous sentirez mieux", ce qui est tout de même notoirement extrêmement con.

lundi 28 novembre 2011

Cette mission si vous l'acceptez....

2008

Depuis 1962, elle règne au Château. Peu importe la manière dont les choses se déroulent, rien ne compte plus que son humeur, sa bonne humeur. Les plus grands s'inclinent. C'est un objectif à atteindre. Plaire, convaincre, séduire Mme R, à n'importe quel prix. Et la tâche est rude, parce que Mme R rigole quand elle se brûle, fait la gueule du matin au crépuscule, porte une grimace constante sur son visage d'octogénaire ou quasi.
J'en finis par l'attendre avec stupeur et tremblement, comme le grand shogun, parce que, pas de chance, c'est à moi que revient l'ultime hommage de la prendre en charge, de la caresser dans le sens du poil, de faire dans la calinothérapie, d'en faire ma meilleure amie à moi que j'ai. 
Quand je la vois arriver sur le quai de la gare, je songe immédiatement à l'urgence d'obtenir une prime pour cette mission impossible. Regard glacé, menton royal, méchanceté débordante. Ouille, c'est pas gagné.
"- Mais quel honneur de vous rencontrer, Mme R.! On m'a tellement parlé de vous (attention, stop, sinon, je vais finir par lui sortir que c'est une institution).
- Oui, bon on va voir l'usine.
- Mais absolument, avec le plus grand plaisir, allons-y"
Aïe, la limite du mielleux me guette. D'ailleurs, son regard en coin me semble éloquent. On embraye, on ouvre la porte, on redemande si tout va bien, on regrette. 
Bien, nous y sommes. Gerbes d'étincelles, odeurs prenantes et ouvriers tachés.
"- Alors: on passera par là, on mettra les caméras ici, on fera la salle de presse là, le discours sera ici.
- Oui, mais là il y a une tonne d'acier en fusion qui passe juste au-dessus et ça, c'est une salle de repos sans la moindre prise électrique, enfin prendre la parole à la sortie des rails qui s'entrechoquent, je sais pas, j'suis pas sûre.
- Moi oui. Ramenez-moi à mon hôtel. On se revoit demain pour le déplacement."
Voilà.
Nous y sommes. 7h du mat. Boue noire de l'acier, 80 journalistes, casques, bruit infernal, à la fois chaleur de l'enfer à l'intérieur et froid glacial à l'extérieur. Et Mme R. a néanmoins fait le choix d'un joli manteau de fourrure sur lequel passer une blouse est parfaitement ardu. Ça donne un résultat assez surprenant. Un gros machin tout serré, sauf après les coudes où la fourrure explose, comme une coupe de caniche. Ses magnifiques bijoux scintillent. 
45 minutes plus tard, c'est fini. 
Le sujet était difficile et nous savons qu'il n'y a aucune chance d'issue favorable. L'histoire ne nous fera pas mentir.
Néanmoins, Mme R. se détend, non qu'elle se déride, ça me semble guère faisable, mais elle change de mine, sourirait presque.
"- Écoutez, merci beaucoup, vous avez vraiment bien travaillé, je suis très.... mais... ho... non.... mon portable a disparu!!!!!!
- Vous êtes sûre?
- Mais bien sûr puisque je vous le dis!
- Ha ben oui.
- Il faut que je reparte. Je vous charge personnellement de retrouver mon téléphone dans les meilleurs délais. Je suis sûre que c'est un ouvrier qui me l'a volé.
- Hof non, je crois pas.
- Puisque je vous le dis!
- Ha ben oui.
- Je vous appelle dans une heure."
Gloups.
Parce que dans ce téléphone, y a les numéros de portable de quelques VIP, ce qui mettrait un paquet de gens dans l'embarras... Bref, faut prévenir les RG, remettre tout le monde en branle alors que nous pensions que c'était fini. On ratisse le sol, fouille les flaques d'eau. Rien de rien.
"- Alors, c'est bon, vous avez mon portable évidemment.
- Écoutez, non pas exactement-tout-à-fait-encore mais je vous garantis que nous faisons de notre mieux, je vous assure.
- Je rappelle dans une demi-heure"
Merde merde merde. Re coup de fil.
"- Madame, c'est vous qui cherchez un téléphone, parce que j'en ai trouvé un par terre à l'usine en prenant mon service, alors je l'ai mis de côté, madame, vous voulez que j'en fasse quoi? Je peux le mettre à La Poste si vous voulez madame?"
Bien heureux peuple ouvrier de France.

samedi 19 novembre 2011

"Je crois bien qu'elle est méchante"

2008

Big boss m'en parle depuis des jours et des jours. Ça va bien finir par arriver, donc.
"Je tiens à vous la présenter, vraiment. Ma vie a basculé lorsque je l'ai rencontrée il y a 30 ans."
L'échéance approchant, le stress augmente, palpable. Ce qui dans un premier temps m'indifférait royalement prend heure après heure une importance inattendue, parfaitement liée à un phénomène de contagion. Parce qu'à vrai dire, Madame au sac à main n'éveille rien d'autre en moi qu'indifférence, normalement, au mieux. Mais comme il est très fort, je me retrouve de manière inexpliquée à attendre également avec impatience.
Elle est minuscule. Vraiment. Du fond des grands salons, impossible de l'apercevoir. Alors, il fend la foule pour venir me chercher par la main.
-"Madame est là. Venezvenezvenezvenez
- Chsais pas, j'ai plus trop envie, là.
-Si si si, c'est la chance de votre vie (mouais, un tantinet disproportionné, non?)".
Je sens bien que mon pas d'ordinaire quasi militaire devient hésitant. A traverser tout ce monde sans pouvoir ne serait-ce que deviner la silhouette de ce qui m'attend, j'en deviens vaguement tremblante.
"-Madame, laissez-moi vous présenter....
-Mmmm"
 A mi-hauteur de moi, elle me regarde néanmoins de haut, mauvaise.
Qu'est-ce que je dois faire, qu'est-ce que je dois dire, vite, vite, un truc génial, ça urge...
Et la seule chose qui me vienne non pas à l'esprit mais au corps, c'est une ridicule révérence. Oui. Une petite génuflexion timide. Un peu comme Carla devant la reine mère, le tout accompagné d'un sourire mièvre, le regard légèrement tombant. Pitoyable. 
Elle ne s'y trompe pas, se retourne prestement et me plante là. 
Que je me sens seule.....

mercredi 16 novembre 2011

Grey's anatomy

2008

L'univers hospitalier, c'est pas mon kif, pas plus que les médecins en mode "Dieu descendu sur terre". Alors cette tournée des hôpitaux ne me remplit pas de joie. Heureusement, je sais qu'avec elle, ça promet d'être pittoresque. J'avais déjà œuvré, plusieurs années en arrière, à un moment où sa venue coïncidait avec le drame d'un magistrat poignardé. Je la revois encore, en train de se changer de pied en cap, pour aller le retrouver en salle d'opération et finalement, désinfectée de près, renoncer devant la porte d'accès au bloc. Je me souviens aussi de sa rencontre avec des étudiants, et non des étudiantes. A cette époque, je pense que le terme de cougar n'avait pas été inventé, il le fut sans doute immédiatement après ce mini bain de foule. Un hommage, à n'en pas douter.
Bref, aujourd'hui, un nouveau plan est à mettre en place. Elle arrive dans une ville alors que big boss œuvre dans une autre. Me voici donc seule à la tête d'un cortège de 4 bagnoles pour aller la chercher. Elle me sert la main sur le quai de la gare et ma paume en restera odorante toute la journée. Alors comme ça, y a des gens qui ne se parfument que les mains....
Et en route pour un improbable rendez-vous sur un rond-point, lieu de jonction, de retrouvailles car big boss doit récupérer le "paquet" dans sa propre auto, afin qu'ils arrivent ensuite côte-à-côte, comme des fleurs. Mais les plans les plus préparés ne sont pas systématiquement les meilleurs... Force gendarmes bloquent le giratoire, comme le Pont de Glienicke mais tous les VIP qui se rendent à la même manifestation que nous, empruntent nécessairement cette voie d'accès. La loose. Mon téléphone s'enflamme. "Monsieur le... aura du retard, il semblerait qu'il y ait des travaux sur la route", "Monsieur le... s'excuse car il doit y avoir un accident sur la départementale", "Monsieur est coincé dans un immense embouteillage inexpliqué"...
Pendant que chacun croit à une catastrophe d'ampleur, sacrément mal tombée, nous procédons à l'échange sur une voirie déserte que nous rendons ensuite à ses usagers.
Pose de la première pierre (assez surprenante du reste puisque des immeubles de 5 étages nous contemplent), discours, serrage de paluches (70 personnes qui reniflent ensuite étonnées leur main) et conf de presse.
En pleine RGPP, une seule question brûle les lèvres: où sera localisée la future agence régionale de santé?
Et miss Crocs de répondre: "ben comme partout: dans la capitale régionale".
Le maire de la susdite capitale, travaillé au corps depuis des semaines pour cultiver renoncement et acceptation, ne peut retenir un large sourire, un immense sourire même, un truc rayonnant quoi.
Big boss est au bord de l'étouffement. Heureusement que, comme le terme de cougar, Twitter n'existait pas encore.
Mais notre personnalité est déjà passée à autre chose et surtout en cette fin de matinée, apercevant au fond de la salle le buffet pour la presse, termine rapidement sa dernière phrase par un "bon ben voilà hein", se lève et trottine pour aller se restaurer. Brouhaha général, journalistes qui sautent sur le maire et big boss, questionnent, crient, appellent leur rédac.... Elle me fait signe de m'approcher et me dit: "oulalalalala, je crois bien que j'ai mis une belle pagaille moi, ouh", le tout avec morceau de toast collé sur la joue.
Nous tentons désespérément et assez lamentablement de trouver une autre formulation pour "elle s'est trompée", bref, on rame.
Il est déjà temps de filer vers notre prochaine destination, où une allée de CRS nous fait le plaisir d'une haie d'honneur, cachant ainsi au loin des manifestants en train de piller le buffet. Pendant une seconde, je salue le sens de l'anticipation de notre star, seule personne alimentée dans notre cortège, finalement, mine de rien.
600 personnes nous attendent  pour un grand bain de foule cette fois-ci, afin d'inaugurer pour le coup un truc qui n'a ni électricité, ni lit et encore moins de patients ou médecins. Bizarre. Entre la pause de la première pierre d'un hosto presque fini et l'ouverture d'un truc encore en travaux, je ne suis pas sûre que nous ayons eu un sens précis de la terminologie...
Une demi-heure pour traverser le hall, plein à craquer d'invités qui s'autophotographient avec notre VIP, toute sourire, tombant même la veste et laissant ainsi apparaître tout ce que la ménopause fait pousser. Ça claque des bises, ça pince des joues, ça embaume toujours Poison, ça s'approche du député-maire de l'étape et ça lance minaudante et tête penchée: "hou bonjour toi, fais-moi une bise, là" le doigt pointé sur sa commissure des lèvres.
Dommage que cet hosto soit encore hors-service, j'aurais comme besoin d'être réanimée....

samedi 12 novembre 2011

Padawan de 40 balais un peu paumée

2011

Il me manque. Tout, ses éclats de rire, sa répartie, sa patte folle, sa bonne humeur, ses quintes de toux, son humour, ses choix musicaux improbables, sa bonhommie, ses coups de fil à point d'heure, son histoire, ses histoires voire son storytelling, ses retours des soldes, ses attentions, ses batailles d'épée avec les enfants, ses conseils, son sens de la conversation d'un autre temps, son emphase, sa pédagogie.... son regard confiant oui son regard confiant posé paternellement sur moi, plein d'espoir, de reconnaissance et de bienveillance. 
Toute cette histoire qui fut une route pour moi. Jamais lui et moi n'aurions dû nous croiser. Jamais nous n'aurions dû nous entendre. Jamais il n'aurait dû me laisser, seule dans ce monde si peu drôle sans lui et ses commentaires. 
Il aura fallu chéri pour exercer la tolérance. Il aura fallu lui pour la comprendre. 
J'étais un oisillon qui criait fort sans jamais voler. Et grâce à lui, j'ai déployé mes ailes. Mais aujourd'hui, voler certes mais voler pour aller où? Où est mon cap?
"Vous êtes morte?
-non, mais vous oui."

mardi 8 novembre 2011

L'art subtil de recevoir

2008

Les exercices de crise, c'est ma passion. Quand en prime on les joue avec le GIGN, ma vie est un rêve! Des semaines déjà que nous le préparons, mais des mois que les gaillards sont sur le coup. 2 équipes: les gentils, les méchants. C'est binaire mais ça a fait ses preuves.
De dangereux terroristes s'en prennent donc à une centrale nucléaire et de super gendarmes la défendent bec et ongles. Mais attention, hein, pour de vrai! Hélico dont descendent en rappel les attaquants jusqu'aux toits des tours de refroidissement, cellule de crise armée au sein de la centrale, équipe du GIGN qui vient réellement de son camp de base pour nous défendre. J'en frissonne encore. Je frissonne moins lorsque je constate que mon box de travail en cellule de crise a été installé au 3ème sous-sol et qu'il me faut environ 15 mn pour rejoindre l'endroit où tout se joue, pour redescendre ensuite passer mes com. Ah ben non, ça va pas être possible. Je veux être dans le sein des seins moi, avec les mecs qui font peur. On accepte de me coller sur une petite chaise dans un coin. Pas bougé, coucouche panier, papattes croisées. Mais au moins, je n'en perds pas une miette. 
Tout a commencé vers 18h et l'issue est envisagée vers 2 ou 3 h du matin.
Traits tirés, regards et mâchoires d'acier. Des décisions tombent, suivies immédiatement d'actions, de mouvements sur le terrain. Il fait froid et humide mais les combattants se vautrent, rampent, placent leurs pions, guettent, avancent. Les heures passent, à la fois légères et lourdes et le scénario est construit de telle manière que l'ensemble des acteurs a une sensation constante de réalité. L'assaut final se prépare et la grosse baston commence, avec de vrais coups de latte, des empoignades musclées, des corps qui s'entrechoquent, quelques blessures, mais un bilan finalement positif. On l'a reprise cette centrale, nom de nom!
Il est 3h. On débriefe, les mecs quittent leur cagoule. Ils sont couverts de boue et de transpiration. La machinerie du nucléaire français ne renonce à aucun sacrifice et nous invite à nous restaurer. Tu m'étonnes. D'un seul coup, à l'évocation de nourriture, la faim me tenaille le bide, alors même que je n'en ai pas foutu la rame, moi, comparé aux guerriers qui bataillent depuis des plombes. "A table" et de petits filets de bave semblent vouloir couler des commissures des lèvres de ces montagnes humaines!
On nous mène au réfectoire où nous attendent tout plein de serveurs et serveuses. Évidemment, il convient d'attendre qu'un directeur quelconque se félicite de tout ça, magnifique, fantastique, fierté française blablabla. Il est 4h du mat. Je sens que je vais tomber dans les pommes.... Ah, ça y est, c'est fini, on a le droit de faire ripaille!
Ah, ben, ça va pas être facile.
Parce qu'un génie a imaginé que le top du top serait de nous proposer un truc en mode traiteur exquis. Quand nous rêvons pâtes bolo, on nous dit "taost aérien de mousse de machin léger", quand des images sublimes de
bourguignon nous envahissent, on nous répond "mini nems, mais attendez, je vous les réchauffe".... Les pauvres garçons, avec leurs harnachements complexes, n'arrivent même pas à saisir les ingrédients. Ils soufflent et peinent. Les voilà qui ôtent coudières, trucs sur les avant-bras, gants etc... et parviennent parfois à choper ainsi un canapé, une bouchée, éventuellement une petite cuillère préremplie de soupe... le tout sans s'assoir car le même génie a pensé un ameublement design avec 7 mange-debout + tabourets pour les 40 personnes que nous sommes.
Petite leçon de frustration.

lundi 7 novembre 2011

Moi, j'aime bien les Journées du Patrimoine. C'est l'occasion d'accueillir de vrais gens, de les regarder s'approprier les lieux, certes avec plus ou moins de courtoisie mais de répondre à leurs interrogations et de tenter modestement un peu d'éducation civique... Parce que la route est longue. Me revient en mémoire cette terrible réplique par exemple, lorsque je guidais une dame vers la stèle Jean Moulin:
- "Jean Moulin? Jean Moulin! Oui, bien sûr, le père de l'Europe!" lançait-elle d'un air confiant.
Et je lui trouvais notoirement moins de circonstances atténuantes qu'à cette petite fille, stoïque devant le portrait de Napoléon en manteau d'hermine, murmurant finalement: "elle a quand même une drôle de tête cette mariée".

samedi 5 novembre 2011

Poudre au nez

2009

L'instant est grave, la fin de l'acier a sonné, 10 personnes signeront dans quelques heures le certificat de décès présenté malhabilement comme une sauvegarde. Forcément, comme souvent, Paris nous envoie ce qu'il y a de plus performant et d'efficace sur le marché pour préparer l'instant solennel: une adolescente blonde de surcroît chaussée de santiags roses.
Immédiatement sa première grande décision est de nous faire changer la salle, où aura lieu la signature, de sens. Oui, de sens. 
"- mais ça n'a pas de sens?
- si, ça en aura dans l'autre sens".
Il convient donc de passer du format portrait au format paysage, ou l'inverse, ou du format cinéma au format je sais pas quoi.
Une petite centaine de fauteuils à bouger, des lumières à adapter, une sono à modifier... et les minutes qui passent à une vitesse folle.
Mais nous tenons le timing. Invités, presse, signataires se présentent, s'installent. Reste le plus important d'entre eux, que je maintiens à l'écart, car il doit répondre à quelques questions télévisuelles. 
Miss Crountry est à mes côtés, pensive, je crains le pire.
"- Monsieur le ...., il faut vous maquiller. Vous, là, maquillez-le!"
Mince, c'est à moi qu'elle parle, minimoys. La moitié de ma taille, le quart de mon âge, le triple de ma beauté, ouh qu'elle m'agace. 
"- c'est-à-dire, je ne suis pas maquilleuse, voyez-vous mademoiselle, dans la vie je suis...
- oui, ben, prenez votre maquillage, ça fera l'affaire" et le monsieur concerné d'opiner du bonnet.
Le hic, c'est que je n'ai pas encore atteint l'âge critique nécessitant d'avoir du maquillage en permanence sur soi... Je cours voir les secrétaires de big boss.
"- help les filles, filez-moi votre fond de teint!"
On fouille les sacs à main, les poches de manteau, les troisièmes tiroirs et on me sort une sorte de poudre libre toute pourrie et pailletée... Flûte.
C'est ainsi que je poudre le minois du plus fade d'entre eux, devenu extrêmement brillant (objectivement scintillant même) en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
Il a fait son interview, sa prise de parole, sa signature avec cette parure étincelante. Le talent, ça tient à peu de chose....

Et je f'rai pas ça tous les jours!

2009

Nous accueillons un ex d'Occident et qui n'est pas le local de l'étape. Ils étaient donc plusieurs. Argl. En prime, ouh qu'il a l’œil mauvais. Il me fout les jetons. Même big boss ne semble pas bien rassuré non plus. Nous sommes tous fébriles, voire carrément craintifs. Il règne une ambiance particulièrement tendue, les mains sont crispées. Mais écrivant cela, je me demande jusqu'à quel point je ne cherche pas quelque pitoyable excuse au malheureux épisode qui va suivre....
Nous avions déjà grillé notre première cartouche lors de la visite d'un chantier où l'ensemble gadoue collante - pluie battante - absence de bottes en caoutchouc avait ruiné tout espoir d'un regard moins inquisiteur.
Et même le cirage de pompe, réel et non imagé pour une fois, qui suivit n'y put rien. Quand ça veut pas, ça veut pas.
Le déjeuner fut vécu comme l'ultime preuve d'une conspiration. 30 convives, le cheveu plaqué de l'averse récente, le mascara  dégoulinant, le bas de pantalon moite et boueux, se jettent sur la bouffe comme pour y trouver du réconfort. Et notre star maniant franchement fourchette et couteau se retrouve d'un coup d'un seul avec son assiette tout bonnement cassée en deux, le contenu se répandant lentement mais surement sur la table. Une malheureuse fêlure, peut-être une brèche, vue de personne, un truc qui n'arrive jamais ou pas plus d'une fois sur mille, sur un million! La température passe clairement en dessous de zéro.
Big boss ne sait plus quel numéro interpréter.
C'est une agonie. Nettoyage tant bien que mal du machin informe qui menace de tomber sur les genoux, dépose d'une serviette sur le tout, changement de couverts et rebelote nouvelle assiette, nouveau plat. Bref, étant donné les timings ultra-chronométrés que nous connaissons, ça nous fout dans le jus, à plusieurs titres donc.
L'expression boire la coupe jusqu'à la lie prend tout son sens lorsque big boss, tendu comme un string, me dit "allez vite vérifier que le cortège est en place, on bouge, vite, vite, vite". Je cours sur ce magnifique marbre que je connais par cœur, je sprinte, trotte, cavale, m’emmêle les pieds et me vautre lamentablement de tout mon long, façon Pliz. L'élan était tel qu'à plat ventre, je continue durant ce qui me paraît davantage des minutes que des secondes, ma course jusqu'à un radiateur qui m'accueille chaudement. Aïe.
Le chef me rejoint affolé et me sort cette étrange question: "vous êtes morte?", c'est dire le niveau de stress. Je me crois obligée de répondre négativement.
Et le célèbre auteur de "Penser la droite" (oui, c'est une idée, tiens) décrochera le seul sourire de la journée, comme soulagé que le sort ait fait payer quelqu'un, en mode "yarkyarkyark".

jeudi 3 novembre 2011

Decathlon, à fond la forme!

2011

On va pas s'mentir, l'Elysée, j'y vais pas non plus comme qui rigole. Et à chaque fois, c'est une véritable émotion que de me retrouver dans la première maison de France, surtout lorsque nous y assistons à la décoration amplement méritée d'un personnage cher à mon coeur. Double dose d'émotion donc. 
Des plombes à choisir la tenue qui convient, une ultime retouche de maquillage dans la bagnole miraculeusement garée à moins de 3 bornes, un petit exercice de relaxation, changement de pompes, allez, c'est parti.
Les premiers hommes en uniforme croisés sont spécialement formés à reconnaître au loin les provinciaux endimanchés qui se rendent au Château. Sourire aux lèvres, ils poussent les grilles sans qu'il soit besoin de montrer patte blanche.
Une fois parvenue dans la cour, je rejoins une habituée des lieux qui m'explique qu'il convient non pas de la traverser, la cour, rapport aux gravillons et aux talons (au mieux démarche de canard, au pire chute lamentable) mais de suivre les bâtiments heureusement dotés de sortes de petits trottoirs. Et hop, même pas mal.
La cérémonie est belle, les récipiendaires aux anges, quelques têtes me sont connues du temps où je possédais encore une télé. Tout serait parfait sans la présence incongrue de ma chef. Lorsque tout un chacun tient son rang et sourit à tout rompre, elle fait le choix de galoper, s'esclaffer, remuer l'air de ses bras pour aérer ses aisselles trempées (qu'ilfaitchaudqu'ilfaitchaudqu'ilfaitchaud), ruiner la présentation des petits fours, décontenancer jusqu'au dernier des serveurs ou huissiers.
La gêne commence à gentiment envahir mes boyaux. Je me sens un peu comme coincée à devoir regarder une scène tragique de caméra cachée. Et plus je m'éloigne dans l'espoir de ne pas lui être associée, plus sa voix de rossignol milanais me rappelle... 
Enfin, lorsque la foule commence à se disperser, je ne la vois plus dans les parages. Chouette. Je passe encore quelques minutes à savourer ma présence en ces lieux, balade mon regard, hume cet air que j'imagine différent, passe ma main sur les meubles et me dirige ainsi lentement vers la sortie.
Je tiens en réserve mon ultime sourire de départ en mode: "merci quel honneur", mais quelqu'un saisit mon bras.
"- AAAH!! (petit cri de peur) mais, heu... vous vous êtes donc changée?
- oui, je dégoulinais de transpiration! Alors je suis allée dans les toilettes avec mon sac de voyage (difficile d'imaginer que vous y soyez entrés ensemble pourtant) et zou, j'ai mis ça, je suis bien plus à l'aise."
Comment peut-on se sentir à l'aise dans un survêtement rose à l’Élysée? 
Aïe, elle ne me lâche pas le bras, là. Et forte de ses chaussures de rando, elle se sent parfaitement sereine pour traverser la cour.
Il y a donc bien pire que de quitter le perron élyséen en risquant la chute à chaque pas, il y a quitter le perron le bras prisonnier de celui d'une femme en survêt rose qui galope et lance dans un ultime rire de gorge "ah ben on s'sent mieux, hein?".

mercredi 2 novembre 2011

Dexter

2011

Ainsi joue-t-on à domicile. L'intégralité du déplacement se déroulera dans nos murs. Ce n'est pas très exotique, mais normalement c'est sans surprise. Confort. En prime, le déjeuner est compris et j'ai appris à développer une petite fascination pour l'alimentation et les boissons gratuites.
Les grands salons sont fins prêts, les tables dressées, le menu arrêté. Reste plus que l'ultime vérification de la salle de presse et de son buffet.
Censée jouxter la grande salle de restauration, pour sauter sur la proie en moins de temps qu'il ne faut pour le dire à l'issue du repas, la salle de presse ne semble malheureusement pas gréée.
"- m'enfin, Bidule, vous êtes à la bourre!
- hein? nan, c'est bon, on a fini. Mais c'est pas là. Viens je t'amène."
Incrédule, je l'accompagne jusqu'à une antichambre, si on décide de voir les choses positivement, mais plus exactement l'espace en face des ascenseurs. Une petite table est en effet présente dans le coin, cachée, avec quelques carottes et autre rosbif froid. Admettons. Mais, le bruit et la sensation de mes talons au sol sont inhabituels. Je baisse les yeux. Surprise: la fausse pièce est entièrement recouverte de bâches en plastique savamment scotchées.
"- mince, mais que se passe-t-il? Vous faites des travaux? Heu... du coup, c'est sans doute pas le meilleur endroit pour recevoir, hein? (yes, revenons au plan initial)
- non, non, t'inquiète pas. C'est juste parce que les journalistes sont sales.
- pardon?
- bah oui, la dernière fois, au buffet, ils m'ont salopé la moquette, du coup, j'ai mis des bâches partout. Mais t'as raison, dis-leur que c'est en travaux!"

Sérignac

« Le père P. (compagnon charpentier et père du compagnon P.) avait élevé au fond de son jardin un vrai chef-d’œuvre de charpente: le toit de son cabinet, couvert de minuscules ardoises à queues d’arondes, grosses comme des pièces de cent sous. Il avait accumulé là les pires complications de fermes, arbalétriers, faîtières, pannes, traits de Jupiter, que sais-je… De l’intérieur, c’était magnifique. Un de ses ouvriers, son neveu, voulait être compagnon charpentier, et accumulait les bourdes.
"Va au cabinet!" lui criait-il chaque fois que l’autre parlait métier. » 

"L'enfance de Clément", Jean ND ESCANDE -1908

Voici donc l'origine familiale en même temps de mon sens de l'humour et de ma passion mystérieuse pour les cabinets!