samedi 15 novembre 2025

Cent fois la même salade, c'est pas des salades!

 Ce soir-là, l’hôpital était très silencieux.

- Bonjour Madame, je cherche la chambre de Gilberte s’il vous plaît ?

– Au premier étage

Toc Toc Toc

– Mamie !

– C’est qui ?

– C’est Fredy !

– Oh ma chérie, viens, viens. Tu vas pouvoir me dire ce que je fais ici.

– Mamie, tu es encore tombée, tu t’es fait mal. Ici tu es mieux pour qu’on prenne soin de toi.

– Je ne me souviens plus, tu es sûre ? Je voudrais rentrer.

– Pas tout de suite mamie, pas tout de suite. Mamie, je suis venue te dire que je t’aime et que mon cœur est plein de beaux souvenirs avec toi.

– Oh Fredy, moi aussi ! Tu étais une enfant si drôle, si rieuse. Oui, moi aussi j’ai des souvenirs. Mais dis-moi, pourquoi je suis ici. Je voudrais retourner à Pagny.

– Mamie, tu es tombée et ça doit faire au moins 30 ans que tu as quitté Pagny.

– Tu crois ? Oh quelle enfant rigolote tu étais, Fredy.

– Mamie, je voudrais te dire au revoir. Tes yeux dans les miens. Tes mains dans les miennes. Prenons le temps de nous regarder.

– Oui, Fredy, et sers-moi fort, je t’aime ma petite chérie. Et je repars avec toi, à la maison, à Pagny ?

***

– Papa, maman, c’est tellement gentil d’être venus au concert des garçons.

– Dis voir, quelle belle salle ! Oui on est contents d’être là avec ton père, hein Bernard. Où sont-ils, qu’on aille les embrasser ?

– Ils installent le stand de merchandising, où je passerai la soirée. Venez venez.

Dring Dring Dring

– Oui allo ? Oui c’est moi, la fille de Gilberte. Vous croyez ? Oui, nous arrivons.

Ma chérie, ton père et moi n’allons pas rester et partons rejoindre mamie. Je suis désolée. Ah vraiment ça tombe mal.

***

– C’était tes parents ? Ils ont l’air chouettes.

– Oui, malheureusement, l’hôpital les a appelés au sujet de ma grand-mère. Je pense que c'est sa dernière nuit.

– Fred, viens, on va au catering et tu m’en parleras. Il y a une salade d’endives, avec du comté, du jambon, des noix et du maïs. Viens.

***

– Tu prépares quoi ce soir ?

– Une salade d’endives avec du comté, du jambon, des noix et du maïs.

***

– On mange quoi ce soir ?

– Une salade d’endives avec du comté, du jambon, des noix et du maïs.

**

– Il est tard, tu veux que je fasse quelque chose ?

– Non, il y a une salade d’endives avec du comté, du jambon, des noix et du maïs.

***

Il y eut des endives, du comté, du jambon, des noix et du maïs… cent fois. Deux cents fois. Durant plusieurs mois. Les mêmes gestes, les mêmes couleurs. Et j’ai pensé que la mémoire, finalement, ça ressemblait peut-être à ça, des choses qui se mélangent, d’autres qui demeurent. Moi, je suis restée longtemps assise, à remettre un peu d’ordre dans mon assiette brouillonne, comme si ça pouvait réparer quelque chose.

Et puis un jour, c’est passé.

mercredi 12 février 2025

"Ni vu, ni connu" - partie 2

Les sirènes m’appelaient, leur chant envoûtant cachant la mer noire de la destinée. Ça faisait plusieurs fois que je postulais. En vain. Je voulais tellement diriger la communication du conseil régional. Tellement !

Et j’ai pu la rencontrer, la fille du président, sa dir cab, lui dire mon enthousiasme, mon envie de faire. Comme ce poste avait été longuement occupé par la maîtresse de son père, sans qu’elle n’eût mot à dire malgré sa position hiérarchique, mon profil l’intéressait, elle tenait sa revanche. Et moi, je trépignais d’impatience.

J’ai accessoirement demandé conseil autour de moi. Une seule personne m’a courageusement répondu : « ne travaille jamais pour lui ou tu iras en prison à sa place ». Je n’ai pas écouté, j’ai fait fi de leur confrérie commune, j’ai sauté à pieds joints dans cette nouvelle aventure que j’appelais tant de mes vœux, attirée aveuglement par la promesse d’une jouissance professionnelle.

Je me souviens de mon arrivée, des 25 personnes de mon équipe qui attendaient ma prise de parole, de mois de rencontres et de découvertes à essayer de comprendre, de formuler des avis pertinents, d’être drôle, empathique, professionnelle, cultivée, jolie. Bref, le lot pour nous toutes : obtenir notre Graal et le payer bien trop cher.

Nous signions à Matignon le PACTE Lorraine qui visait à contrer la désindustrialisation et à stimuler l'économie régionale avec un budget de 300 millions d'euros. Il identifiait cinq filières d’innovation : bois, aéronautique, santé, automobile et agriculture, avec l'objectif de créer 16 000 emplois en trois ans. Nous étions gonflés à bloc.

Mais ce PACTE a tout pris ; la raison, l’anticipation, le sens du commun, la force de l’expérience qui aurait dû me dicter que c’était un mirage. Car, il n’a rien donné, exceptées des factures d’hommes influents et des prestations à tire-larigot. Un PACTE avec le diable finalement, un serment fait à l’obscurité.

On me pressait comme un agrume, un peu plus chaque jour, sans que j’en prenne complètement conscience. Un appel à 7h30 : « tu n’as pas répondu à mon mail de 22 h, ça ne t’intéresse pas ce que l’on fait, c’est ça? ».

Parallèlement je découvrais des marchés publics borderline, des règlements rubis sur l’ongle sans compte-rendus, des rendez-vous incessants entre ce fournisseur et le président, des commandes toujours plus onéreuses issues de ces rencontres. J’en faisais l’objet d’une note, qui signait la fin de mon heure de gloire.

Presque instantanément, je n’étais plus invitée aux réunions, en hauts lieux on ne souhaitait plus m’adresser la parole, mieux encore on ne voulait pas m’apercevoir dans les couloirs de l’étage de la présidence. Il convenait que j’emprunte d’autres trajets.

Un soir que je relisais un ancien SMS « encore merci pour tout ce que vous faites pour le conseil régional », plus franchement d’actualité donc, le directeur général est venu dans mon bureau avec un petit chariot pour récupérer tous les documents ayant un lien avec les marchés publics, pour vérifier si j’y avais laissé des post-it ou des notes manuscrites. Je travaillais sur ces marchés d’arrache-pied avec une autre directrice, en pleine injonction paradoxale comme moi, qui me soufflait « merde, j’irai pas en taule pour ces cons-là », quand nous étions convoquées dans le bureau de ce DGS et que nous devions venir sans téléphone, sans cahier de notes, seulement des feuilles blanches volantes.

La fin de mon détachement a été avancée et je n’ai même pas pu travailler jusqu’à son terme puisqu’on m’a demandé de rester chez moi. J’ai mis un temps fou à me remettre de cette épreuve qui n’a pourtant duré que 26 mois, à tourner la page, ressassant en boucle chaque épisode sordide. Et puis, lorsque je sortais enfin la tête de l’eau, patatras : convocation de la SRPJ. Je comprenais en sortant de garde à vue que je boirais la coupe jusqu’à la lie.


lundi 10 février 2025

« Ni vu, ni connu » - partie 1

 

Je conduisais un X trail. J’ai adoré cette voiture. Vraiment top. C’était celle de mes parents jadis et ils me l’ont généreusement offerte à Noël. Vraiment une magnifique surprise. Je cherche une place dans le quartier, en vain. Allez, pour le temps que ça va prendre, je me gare à l’Éléphant Bleu, tant pis. Je laisse le Tupperware de mon déjeuner sur le siège passager, on est en janvier, ça ne risque pas de tourner, et zou. Je me souviens que c’était des pois cassés. J’ai mis des années à parvenir à en manger de nouveau.

J’avais posé quelques questions autour de moi avant de venir : dois-je être accompagnée d’un avocat ? Les avis étaient partagés entre « oui ça mange pas de pain » et « non tu n’as rien à te reprocher ». J’avais tranché pour non. Parce qu’en effet, je me sentais irréprochable et il faut bien l’avouer, je n’avais pas bien la notion du prix de ce genre de prestation et j’avais peur de payer pour quelque chose qui ne sert à rien. Je suis un peu une pince.

J’étais chargée comme une mule : mon plus gros sac à main, celui à franges, celui que les garçons aiment que je prenne en concert, un autre cabas comprenant cinq cahiers grand format de 150 pages, noircis de notes. Allez zou on avait dit. Gros manteau, écharpe et c’est parti.

Je connais bien l’Hôtel de Police, je participe régulièrement à l’organisation de différentes cérémonies : policiers morts dans l’année ou pots de départ, tout bonnement. Je ne suis jamais vraiment passée par le hall d’accueil. Je fais consciencieusement la queue et présente ma convocation. Inutile de me conduire jusqu’à la SRPJ, je connais le chemin. Et deux enquêteurs m’accueillent. Un jeune brun, pas très beau, pas complètement moche non plus, quelconque dirons-nous et un plus ancien, grand, les cheveux gris, probablement un retraité qui donne un coup de main. Celui-ci restera constamment dans mon dos. C’est bizarre un bureau d’enquêteurs, il y a des tableaux Velléda avec des pense-bêtes : j’arrive à reconnaître le mot « Amnéville ».

Je pose tout mon foutoir dont ce sac à franges, qui n’est vraiment pas une bonne idée finalement et qui s’étale de tout son long, un peu comme un chat sur un plancher chauffant. Les anses sont trop justes pour que je le fasse tenir au dossier de la chaise. Tant pis. J’ôte manteau et écharpe et laisse mes mains sur mes cuisses.

« – Bien, tout d’abord, il faut que vous compreniez que nous allons vous placer en garde à vue. La loi nous oblige à prévenir l’un de vos proches. Qui choisissez-vous ?

-          Non, pardon, c’est parce qu’il doit y avoir une erreur, regardez, j’ai ma convocation, ce n’est pas écrit « garde à vue »

-          Ça ne marche pas comme ça. On a pris la décision de vous placer en garde à vue pour que vous répondiez à nos questions.

-          Ah mais pas de problème, je répondrai à toutes vos questions, vraiment.

-          C’est la procédure et elle est enclenchée. Vous êtes de la maison, vous savez comment ça fonctionne. »

Mais comment diable pourrais-je savoir comment ça fonctionne ? Je rédige des communiqués de presse et des discours moi.

-          « Appelez mon mari, dans ce cas…

-          Oui allo, bonjour monsieur, je suis enquêteur à la SRPJ et je dois vous informer que nous plaçons votre femme en garde à vue. Elle peut faire appel à un avocat. Attendez, je vous la passe.

-          Chéri, oui, non, mais arrête, ne t’inquiète pas, ça a l’air d’être la procédure. Non non, n’appelle pas Didier, n’insiste pas, je réponds aux questions et je vais au bureau, j’ai plein de boulot, à ce soir chéri. 

-          Vous avez bien fait, ils ne servent à rien les avocats. Et puis on est entre fonctionnaires du ministère de l’Intérieur après tout. »

Mais rien ne s’est passé comme je l’avais prévu. Je pensais participer à la dénonciation d’un secret de Polichinelle, apporter ma pierre à l’édifice, sans avoir imaginer une seule seconde que je serai moi-même essentiellement mise en accusation.

Pour le reste, moins de surprise, ça semble fonctionner comme dans beaucoup de livres policiers ou de séries. Bad cop, good cop, oui, c’est encore une pratique.

Le changement de rythme pour déstabiliser. Dès que je reprenais pied : « bien, allons faire les photos ». Quand je gagnais vaguement en confiance « descendons pour la prise d’empreintes ». Et assez régulièrement « c’est dingue tout de même, tous ces gens qui ne vous aimaient pas et qui ont témoigné contre vous. Comment expliquez-vous ça ? »

Le clou du spectacle restant la pause méridienne, lorsque le petit directeur m’approche :

« Oui, bonjour, je me suis dit qu’on n’allait pas vous laisser dans les geôles pour le temps de midi, hein, venez dans mon bureau. Parce que, voyez-vous, chaque année je suis vraiment frustré que la SRPJ ne soit pas davantage mis à l’honneur à l’occasion de la cérémonie des vœux. Je vous ai préparé une liste de nos plus brillantes affaires de l’année pour que vous puissiez les évoquer dans le discours, venez, venez! ».

J’ai pleuré souvent, je sentais mes épaules se soulever dans de nombreux soubresauts pathétiques et je n’avais qu’un seul malheureux mouchoir dans cet immense sac ridicule, qui ronronnait à mes pieds, inutile.

La juge d’instruction a été appelée et a prononcé ma mise en examen.

Je suis sortie comme une zombie. Le pare-brise n’avait pas de PV, ma gamelle n’avait pas tournée mais mon âme si et elle avait un goût de bile. Parce que j’ai dû manger le vomi de ceux qui essayaient, par mon truchement, d'atteindre des têtes couronnées qui jamais ne furent guillotinées. J’ai ingéré leurs rendus.

10 ans après, ce fiel n'est toujours pas digéré.

lundi 21 novembre 2022

“L'humanité est une entreprise surhumaine.”

Avril 2022

 

Il y a Azziz, 2 mètres d’humanité, du service des étrangers. Il s’est mis en tête d’apprendre quelques mots d’ukrainien. Il n’a pas cherché à savoir dire « prenez cette file » ou « montrez-moi le numéro de votre badge ». Il sait dire « asseyez-vous là, reposez-vous un peu, tout va bien se passer ». Avec une voix douce et calme. Et le sourire de Marie qui nous accompagne tous, au son de ses longues foulées en Converse, toute générosité dehors. Emmanuel, droit comme i, me regarde dans les yeux, pas sentencieux pour un rond et me dit : « il y a deux sortes de situation, les problèmes et les états de fait. Pour les problèmes, on trouve une solution, pour les états de fait, on s’adapte » et je ne sais pas trop pourquoi, ça me fait du bien que quelqu’un théorise ce que nous faisons. Coralie, avec ce chignon banane le plus réussi que la terre ait vu depuis les stars hollywoodiennes des années 50 me prévient : « bon, la famille est à l’abri, l’enfant malade est à l’hôpital, le papa voudrait le rejoindre, on n’a plus de transport là ; je l’emmène avec ma voiture».
Et Luis, Thierry, Stéphane, Sabine, Lydia et bien d’autres, qui jamais ne se demandent quand est-ce qu’ils vont rentrer chez eux, qui remplissent en mode Tétris des coffres de véhicules, qui veulent que des fruits frais soient toujours à disposition, qui souhaitent de beaux dossiers et des étiquettes ou des tours de cous propres parce que ça aussi, ça signifie que l’on traite bien les gens. Et ces « bergers », que l’on appelle comme ça faute de mieux, 19 ans tous mouillés, l’œil malicieux, qui conduisent patiemment les familles du box de l’OFI à celui du FLE, ou dans l’autre sens, je ne sais plus, mais ils savent.
Je regarde ces petits garçons et ces petites filles, qui parfois passent leurs douces mains dans le dos de leur maman, pour les réconforter, dans un étrange renversement des rôles. Je regarde ce jeune homme qui a perdu ses parents, ce couple âgé qui est parti avec leur petit-fils de 6 ans. Je regarde notre fourmilière, les gens qui parlent plus fort et plus lentement une langue incompréhensible, une étreinte avant de partir, un coucou par la fenêtre d’un taxi, comme lorsque l’on quitte sa famille pour rentrer chez soi après un week-end passé ensemble, je regarde des cœurs : des cœurs serrés et des cœurs gros comme ça.
Deux semaines maintenant que nous nous relayons pour accueillir au mieux les déplacés ukrainiens. Deux semaines que nous berçons des bébés pour soulager leur maman. Deux semaines que chaque matin les crayons de couleur sont triés pour les enfants qui arriveront toute la journée, que des autorisations provisoires de séjour sont délivrées, que des numéros de CAF ou de CPAM sont attribués, que chaque soir toutes les personnes qui auront passé le pas de notre porte auront été emmenées dans un endroit sûr pour dormir, pour avoir cette position allongée tant attendue.
Et gravée à jamais dans ma tête, la phrase que google translate me livre en boucle parce que cette maman me la répète sans cesse : « je veux laver mon bébé ». 

lundi 3 octobre 2022

Pour entrer en soi, contre toute attente, il faut probablement sortir de chez soi.

 

On pourrait se dire que sept semaines d’immobilisation sont propices à l’introspection, à écrire des choses importantes, à connaître une sorte de déclic, à se poser les bonnes questions sur son existence, à entamer un bilan intime, à presque 52 ans. Et bizarrement, non, pas plus que ça.

Je crois bien, non j’affirme, avoir passé sept semaines à télétravailler, à regarder mes orchidées et leur dire chaque jour comme elles sont belles, à commander des courses à livrer, à trouver le sac à dos idoine pour récupérer une bouteille de vin blanc à la cave, à faire des lessives et des soupes.

A lire par ailleurs des romans légers, à visionner tous les épisodes de Downton Abbey, ce qui correspond sans doute à l’activité la plus inconséquente du monde entier, et à faire des puzzles, ce qui reste relativement proche en termes d’utilité.

M’autoféliciter de progrès insignifiants, regarder des tutos sur comment monter sans risque un escalier avec des béquilles, faire des listes interminables de missions à accomplir par les autres occupants de cette maison, me demander comment diable arroser les plantes, piquer le gras de mon ventre chaque jour que Dieu fait. Et surtout mentalement décortiquer chaque objectif : si tu veux te laver, tu dois avoir auprès de toi du scotch, un sac poubelle, des sous-vêtements propres, quand tu fais à manger, tu dois réussir à sortir des aliments du frigo tout en ayant tes deux mains sur les béquilles. Le plus gros effort intellectuel tourne autour de recherche de bons mots à base de « c’est casse-pied », « trainer des pieds » et autres « bête comme ses pieds ».

Bon sang, comment se fait-il qu’une partie de moi réclamait un répit, une pause dans le tumulte, une occasion d’observation intérieure, un moment de rien propice à la création et conclusion : ben rien, justement. Alors que chacun, ou plus exactement chacune, se dit très probablement « oh Dieu du ciel, si j’avais au moins quelques jours devant moi, sans responsabilité ni pression, si seulement je pouvais trouver ce fichu temps pour penser ».

Et pas une once de créativité. Pas le moindre signe d’intellectualisation, le maximum de la réflexion spirituelle m’amenant uniquement à me dire que des béquilles sont des membres supplémentaires bien encombrants. Juste l’attente et les jours barrés dans un calendrier mental de taulard. Je repense à ce patron du début des années 2000 qui me disait « vous êtes une femme limitée, peut-être que le mieux serait que vous fassiez de l’accueil ou quelque chose comme ça ».

Tout mon esprit est mobilisé sur cette cheville, sur la douleur puis son absence qui m’inquiète tout autant. Une sorte de nombrilisme déplacé jusqu’au ras du sol. Avec un va-et-vient éploré vers ces racines blanches qui envahissent mon cuir chevelu. Si j’ai envie d’automne, de promenade en forêt odorante, de fouler les feuilles mortes, de mettre un ciré et d’avoir un peu froid, ça passe en faisant un puzzle de potiron.

Tout ce qui est superficiel et pratique a définitivement investi non seulement les interstices mais aussi la majorité de mon temps éveillé. L’espoir d’un lâcher prise métaphysique se heurte à ma main férocement agrippée à la rampe, à mes doigts cramponnant l’accoudoir et au bout de mon nez éteignant les lumières.

Il ne s'est rien passé d'autre. Je ne suis pas devenue sage. Je n'ai pas eu de vision de choix implacables. Aucune révélation à l'horizon. Je ne me suis pas découverte autrement que gestionnaire domestique de handicap.


vendredi 25 août 2017

Rintintin

J'avais pourtant bien échangé avec cette éleveuse de plus de 120 vaches. Au milieu de milliards de mouches, sous un soleil de plomb, nous avions ensemble déterminé le parcours, les haltes, les sujets. Pourtant le jour fatidique, arrivée 20 minutes avant les VIP, je constate que ce ne sont pas 120 vaches mais 120 agriculteurs, quasiment fourches à la main, qui constituent un comité d'accueil révolté.
Teint hâlé, regard noir, cheveux au vent et verbe haut, ils m'haranguent et crient "il a intérêt à répondre à nos questions, il ne connaît pas notre misère, on ne le laissera pas partir". Je réponds maladroitement, tout sourire, à coté de la plaque, persuadée que la seule femme que je suis parviendra à amadouer ces messieurs tout colère. "C'est pas la peine de vous marrer, on foutra le bordel"...
J'avoue que je suis parfaitement désemparée, ayant conscience que l'heure tourne et qu'aucune issue favorable ne se profile à l'horizon. Quand soudain, une sensation de chaleur, presque douce, presque réconfortante, s'empare de mon genoux gauche pour couler le long de mon mollet et finir dans ma ballerine.  Mais qu'est-ce? Le chien de la ferme est en train de me pisser dessus.
Je pousse un petit cri d'effroi qui interrompt l'assistance dans ses emportements. "S'il vous plaît, aidez-moi!".
Et voilà que ces forces de la nature, pourtant chemisettes retroussées et poings vengeurs, se mobilisent en masse pour sauver ma triste apparence. "Putain, c'est pas de chance, venez, on va pas vous laisser comme ça". Un trouve un tabouret, l'autre un seau, on court chercher de l'eau, de l'essuie-tout, on m'ôte mon soulier pour aller le nettoyer, on me frotte, tout en me racontant ces histoires sordides de salles de traite dans lesquelles les vaches se soulagent sur les têtes des agriculteurs et c'est pas la même limonade, c'est sûr.
On en oublierait presque les gyrophares et les motards qui nous rejoignent.
"Merde, merde, merde, il est là, vite, vite, vite, redonnez-moi ma chaussure, merci, merci, merci". Sautillant à cloche-pied, soutenue par les nourrisseurs du peuple, je rejoins le cortège pour un accueil étrange et simple, où le VIP constate que les sourires sont de mise. Plus tard bien sûr, les revendications sont exposées et ce proverbe tape dans ma tête: "tout paysan debout domine noble à genoux".


mercredi 19 avril 2017

“Un manteau royal va toujours bien. C'est le triomphe de la confection.”

Ce samedi matin à Longwuyon, le mercure est largement descendu en dessous de zéro. Nous l’attendons. Devant une chaudière biomasse à inaugurer qui ne dégage malheureusement pas la moindre chaleur, nous l’attendons.

La mairie a choisi de petits enfants pour porter ciseaux et ruban. Le bonnet au ras des yeux, le bout du nez tout rouge, ils patientent en grelottant. Et toutes nos têtes couronnées locales sont rentrées dans les épaules, ne laissant apparaître elles aussi que des appendices nasaux humides. Il règne un silence incroyable. Comme si prendre la parole, échanger quelques mots allait gâcher une énergie entièrement mobilisée à lutter contre le froid. Le brouillard est lourd, ne s’estompe pas, comme une matérialisation de l’hiver, qui nous rend inertes et congelés. Nous sommes un peu posés là,comme des statues, des statues qui implorent que le temps passe plus vite alors qu’il semble s’être arrêté. Et nous n’arrivons pas bien à penser à quoi que ce soit d’autre, un phénomène de glaciation s’étant emparé de nos neurones.

C’est quand le moment où je les préviens que la ministre sera en retard ? Que son chef de cabinet m’a appelée toute à l’heure pour faire stopper le cortège en rase campagne pour un arrêt pipi ? Nan, c’est mieux de ne rien dire. De toutes façons, il me semble que mes mâchoires refuseraient cet effort.

J’ai prévu 20 minutes bien tassées pour cette séquence : le temps de descendre de voiture, dire bonjour, cajoler la joue des chérubins, couper le ruban, en partager de petits morceaux, se laisser expliquer le fonctionnement d’une chaudière biomasse par quelqu’un de nécessairement passionnant, prendre la parole pour dire qu’on est fier, écouter le maire qui est fier aussi, remercier, saluer...

Elle arrive enfin. Ses mains sont fines et gantées de bleu canard et ses élégants escarpins rappellent ce détail. Son sourire est beau.

Elle court au ruban et le coupe. On applaudit sourdement à cause des moufles. Puis elle s’exclame « mon Dieu qu’il fait froid » et remonte en voiture en saluant d’un joli geste de sa main habillée les invités : « Au revoir au revoir !». Invités présents dans la froidure depuis presque une heure, pleins de bravitude certes, mais qui auront profité de la grâce durant environ 3 minutes... Quelque chose me dit que ça va être difficile de leur parler de lutte contre le réchauffement climatique tout de suite tout de suite.

lundi 17 avril 2017

Si ce pull croît, je peux y croire

Au milieu de ce tumulte sordide, au sein de ces infamies, prise en étau entre mensonges et perversité, j'entends au loin un cliquetis. Un petit bruit doux qui arrête le temps et ses perfidies. Un son régulier, qui stoppe tous les 30 rangs. Comme un clapotis rassurant à remonter les années. C'est le son reposant des aiguilles à tricoter de ma mère. Le canapé est marron. Les rideaux sont oranges. Le pull avance. Inexorablement.

mardi 13 octobre 2015

"Etre nul serait tolérable si l'on n'en était pas conscient."

Ouf, je peux aller prendre l'air à Paris! Prendre l'air et de la hauteur. A coups sûrs. Nos instances nationales recèlent certainement des trésors d'argumentaires, des années de recul sociologique, des guides spirituels qui donnent du sens à nos conneries.
En fin de séminaire, le micro tourne afin que notre parterre de galériens s'exprime.
"- Je rencontre de grandes difficultés à mobiliser les acteurs de mon territoire sur le sujet qui nous préoccupe aujourd'hui. Comment pourriez-vous m'aider?
 - La coercition, en fait, ça ne marche pas beaucoup. Vous n'auriez pas moyen d'être convaincant?"
...



jeudi 8 octobre 2015

“Il faut juger à froid et agir à chaud.”

Un Big Boss débutant, avec une gestuelle presque enfantine, ne trouve rien de mieux que de lancer en réunion: "Vous connaissez nos difficultés croissantes à respecter nos budgets de fonctionnement, c'est terrible. Je me disais, franchement, bloquez les radiateurs dès que vos agents auront le dos tourné: les arrêts maladie ne sont pas sur notre budget, en revanche les fluides si."

Un boulier? Les boules!

La responsable du pôle des affaires financières de Big Boss Area s'appelle Marie-Chantal. Si.
Marie-Chantal a les cheveux frisés sur le dessus du crâne mais courts et raides sur les côtés. Marie-Chantal, chantre des finances, experte es-comptes publics, vient en réunion avec des feuilles volantes, écrites à la main au recto, textes dactylographiés mais barrés au verso. Marie-Chantal est certainement éco-responsable. Elle écrit donc à la main des quantités de chiffres, au crayon de papier et en bas de page, elle tire un trait avec une règle pour signifier la fin de l'opération. Marie-Chantal se méfie des ordinateurs et lorsqu'elle est contrainte à utiliser un tableur, elle entre consciencieusement les chiffres mais garde une calculette pour faire les totaux, car Marie-Chantal ignore l'existence de la fonction "somme".
Marie-Chantal est particulièrement gradée, fait une belle carrière et chapeaute des millions d'€ d'argent public.
Marie-Chantal me fait peur.

mardi 22 septembre 2015

Travailler dans le vent

J'ai fini bien trop vite la rédaction du discours de big boss qui va recevoir une Brioche de l'Amitié. Y compris les versions moins smarts, plus drôles et non remises commençant par "je considère ce cadeau comme un double hommage d'une part à mon embonpoint et d'autre part à la qualité de l'amitié que vous me portez" ou bien "comme vous le savez, je suis diabétique et je n'ai pas d'amis" ou encore "l'art subtil de la confection de viennoiserie résoudra à coups sûrs la problématique de l'hébergement des handicapés mentaux en France et je vous en remercie".  Bref.
J'ai fini trop vite alors je regarde Suzanne. J'écoute Suzanne. 
Et Suzanne souffle, transpire en cette fin d'été caniculaire.
"- Mais qu'est-ce qu'il fait chaud. Allez, heureusement, il y a des ventilateurs! dis-je en me levant joyeusement pour aller rafraîchir l’atmosphère.
- Ah non, ça non alors!
- Pardon?
- Vous z'avez pas intérêt, je vous le dis, moi je veux pas ça, je veux pas ça dans ma figure, ah ça hors de question. Non j'ai dit non, je vous dis non, c'est non!" hurle-t-elle.

Ceci dit, fait nettement moins chaud d'un coup....

lundi 21 septembre 2015

Welcome

"- Ah, la voilà! Salut, ça va? Bon, je te montre ton bureau. Je t'ai mise avec Suzanne. Tu la connais, Suzanne, hein?
- Non, je ne crois pas.
- Mais si. En tous cas, elle te déteste.
- Ah? Mais je t'assure que je ne sais pas qui c'est! Et pourquoi me déteste-t-elle?
- L'année dernière, tu as dit un truc pas sympa sur son boulot.
- Mais je ne travaille plus ici depuis 2 ans et demie!
- Ah oui, tiens. Ben ce n'était pas toi alors.
- Mais tu lui as dit?
- Nan.
- D'accord.... Et sinon, tu m'as mise sur quoi?
- Tu vas préparer les rencontres politiques de Big Boss.
- Ah, super, c'est un boulot de dir cab!
- Nan, parce que ton boulot, tu me le donnes, je le donne à la Dir Cab, qui le donne à Big Boss.
- En effet, rien à voir..."

vendredi 18 septembre 2015

“La gravité passe si souvent pour de la compétence.”

L'animateur: "Bien, Messieurs, après avoir évoqué cette nouvelle obligation de parité y compris au sein de commissions administratives... admettons... je souhaite que nous fassions un point sur les compétences critiques dans nos différents services"

Un membre éminent du tour de table: "des compétences quoi?"

Un autre membre: "ça doit être la compétence d'avoir l'esprit critique, un truc comme ça."

L'animateur: "que nenni, il s'agit de faire le point sur des compétences indispensables, longues à acquérir et difficiles à transmettre, au sein des équipes."

En chœur, les têtes couronnées locales: "nan, c'est bon on n'est pas concernés."

jeudi 17 septembre 2015

“Si on s'apercevait que la terre tourne, les manèges feraient faillite.”


Nos métiers de presse, de com, de cab sont étranges. Fugaces, passionnants, méchants, stimulants... ils nous mangent et l'on aime ça. On se laisse happer une jambe, un bras, tout en pédalant bizarrement toujours plus vite.
Et puis un jour, ça s'arrête. On propose encore un petit morceau de sa main à dévorer, hein, si c'est bon, tiens! Eventuellement, cela nous assure un dernier tour gratuit. Jusqu'à l'arrêt définitif qu'on n'avait pas vu venir, ou pas si tôt.
Fini le tumulte, le brouhaha, fini de pédaler à faire tourner le manège enchanté.
Car nous n'y étions ni le carrosse ni le cheval blanc et encore moins l'hélico. Nous y étions soutiers.
Une personne centrale, oui, au sein de ce manège. Installée sur son pédalier. Bien au centre. A l'endroit qui fait le plus tourner la tête.
Et comme on reste bien élevé, après des jours et des années, à tourner sur soi-même, en pédalant de toutes ses forces pour que le carrousel pivote en rond sous les néons, même lorsqu'il faut vomir, on le fait au creux de sa main.

lundi 25 août 2014

"La Maison des 1000 morts" - 2003 - Rob Zombie

Quel plaisir de faire campagne. Que de rencontres! On oublie bêtement de prendre des notes journalières. Étrange mémoire qui fait que le plus sordide revient toujours en premier dans mes souvenirs.

Derrière une porte de garage, un monsieur refait un secrétaire à guillotine Louis XVI de toute beauté. L’ouvrage est rare, le geste précis. Pendant qu'un vieux magnétoscope donne à voir "Chuky" (1988). Ca aurait dû être un signe. Une alerte.

« - Bonté de sort mais c’est un serpent que je vois là ?
- Ouais, c’est une fille. Bon quand je l’ai autour du coup, elle sert un peu. Mais avec la force d’un enfant, pas plus. Sinon elle est très douce.
- D’accord, d’accord… Mais ça mange quoi exactement ?
- Ben j’ai mon élevage de souris, là, derrière. Et quand c’est fête, elle a droit à un chaton. Enfin, je le fais plus trop. C’est chiant à décongeler.
- ……
- Les gens t’amènent une portée à tuer. Tu les mets dans une petite boîte et hop au congèl. Y meurent de froid. C’est comme s’ils s’endormaient. Mais je reste pas trop à côté du congèl pendant un moment, parce que ça miaule quand même. »

mardi 29 avril 2014

« Etre un saint : rien de moins impossible. Il suffit de faire de l'humiliation, sa gloire.»

Le royaume des cieux sera bientôt mien. Je progresse doucement mais sûrement vers la béatification. Mais attention, ça nécessite un investissement de chaque instant. C'est pas donné à n'importe qui, l'auréole. Il faut avant tout développer une capacité hors du commun à dire, sans jamais éclater de rire ou en sanglots :

- " Ah oui, c'est ton slogan donc. Voilà. Nan mais c'est très bien, mais l'agence de com qui travaille avec nous sur le projet renonce à voir son nom apparaître si tu le maintiens. Pas de souci. Je voulais juste que tu en sois informée." 
- Ou encore: " Il s'agit de la version n°15, mais pas de problème on peut en faire une seizième. Qu'est-ce que c'est que 3 semaines de retard dans une vie finalement, hein." 
- Parfois même: " Oui oui, tu juges que tu n'étais pas au courant de cette action malgré 2 mails et une réunion spécifique avec tes services, je comprends, c'est bien normal". 
- Voire pour finir: " Tu veux changer "dans le train, j'ai rencontré l'amour de ma vie" et "dans le train, j'ai consulté mon profil Facebook" par "le train c'est pratique", tu as raison, rien ne vaut un message simple". 

L'autre voie est celle de la guerre. Mais le paradis semble plus lointain.

"Pour décider, il faut être un nombre impair inférieur à trois"

Et encore, c'est pas systématiquement gagné pour prendre une décision pertinente. Car il arrive qu'une seule personne pense que le nom d'un nouveau dispositif composé de 2 "P", de 2 "L", de 2 "U" et de 4 syllabes est tout à fait souhaitable, forcément génial.

lundi 14 avril 2014

Du poil de la bête

Le lundi midi, c'est déjeuner en commun, c'est relativement mauvais, à plusieurs titres.
Surtout lorsqu'on se retrouve en face d'un des élus les plus cryptiques du monde.
"- C'est qui qui écrit notre magazine?
- C'est moi monsieur.
- Ben c'est nul.
- Ah mince, désolée de vous décevoir.
- Pis c'est écrit en jaune.
- ...
- Sinon, vous avez des poils vous?
- Je, c'est-à-dire, des poils, je porte une attention toute particulière à ce que...
- Nan mais des poils quoi.
- Ben...
- Parce que moi, y en a plein autour de mon assiette, regardez, alors que ça fait plusieurs fois que je le dis".

mardi 29 janvier 2013

"Si ça continue, va falloir que ça cesse"

2013



« Action »

Merci à tous d’être venus si nombreux pour ce faux départ ! Faux départ oui puisqu’il est prévu que je revienne dans 2 ans et demi. Donc « I’ll be back ». C’est une réplique que j’ai eu l’occasion d’écrire il y a une vingtaine d’années.

J’ai promis que ce discours ne ferait pas dans le patos. D’autant que je n’arrive plus à remettre la main sur mon truc là. Si je l’avais acheté il y a 6 ans, en me promettant de faire du sport, de retourner à la piscine, tout ça. Bon, je n’y suis jamais retournée. Et ce machin a disparu, oui, mon mascara waterproof. Conclusion donc, pas d’émotion.

Et puis, les contractuels font souvent des discours de départ, en moyenne tous les 3 ans !
 Le 1er que j’ai eu l’occasion de faire, c’était en quittant une communauté de communes que je dirigeais. J’y disais à l’époque « il y a 3 ans, nous étions 6 communes, je pars avec tout un canton qui adhère désormais à notre collectivité, une équipe doublée etc, etc... ».

Alors forcément, je suis un peu en délicatesse aujourd’hui. Vous noterez qu’à mon arrivée nous étions 7 personnes.
Aujourd’hui, je laisse 3 personnes et deux fois moins de budget. J’ai envie de dire, à côté de ça, Arcelor : pipi de chat.
Je me dis que c’est ce sens aigu des économies imposées à mon service qui a séduit vraisemblablement mon futur employeur… Et merci de ne rien dire sur le fait que je n’y suis strictement pour rien…

Comme je passe à l’ennemi, que je fais un acte de félonie, que je brûle mon drapeau, j’ignore si un procès en haute trahison m’attendra à mon retour, si l’on me jettera dans une geôle obscure, dans une sombre prison dans un quelconque souterrain préfectoral ou non... Mais bon, tant pis, j’y rencontrerai ainsi quelques personnes connues et punies elles aussi … Peut-être vais-je retrouver du coup Talleyrand, Brutus, Alcibiade, le maréchal Bazaine qui livra Metz sans combattre, Richard lll, mais aussi Robert Trujido qui planta Ozzy Osbourne, le mec qui a donné le Gang des Lyonnais, Nelly Olson, le Tullius Détritus d’Astérix et le troublant Marine Brody de la série Homeland (ouh chouette) et j’oubliais…. Comment il s’appelle déjà ce mec… ha oui : Judas. Ah mais on va pas s’emmerder, ça c’est sûr !

On se racontera nos histoires, je leur dirai qu’avant tout ça, j’ai travaillé bravement pour l’Etat, pendant une douzaine d’années. Que durant les 6 dernières, j’occupais un poste très particulier. J’étais metteur en scène. Oui, oui, oui, messieurs, dames. On m’appelait la Scorcese de la préfectorale, la Tarantino des DDI, la Louis Jouvet des déplacements ministériels.
Ouais, c’est sûr que j’en rajouterai un chouillat, hein, faut tenir la route aussi à côté de personnages aussi célèbres. Et surtout, je prendrai grand soin de ne jamais leur parler de ce supérieur qui un jour me demandait : « mais à quoi servez-vous, en fait ? ». A l’époque j’avais hésité entre un comportement philosophique « oui, finalement, à quoi servons-nous » et une réponse complètement dépressive, « merde, mais oui, à quoi je sers ???? ». Finalement, je me disais que c’est toujours intéressant de s’interroger sur nos pratiques, qu’en effet cette République Compassionnelle nous amène à orchestrer des choses parfois sidérantes : la promotion d’une vaccination martiale contre la grippe dans des gymnases, le départ légitime d’un enfant handicapé pour le Kosovo puis son retour légitime d’un enfant handicapé du Kosovo, l’arrivée de 2 ministres pour 2 morts (le préfet de l’époque ayant le courage et la clairvoyance de souffler à un troisième ministre « non, ne venez pas, vous serez plus nombreux que les morts »). C’est pour ça que j’ai fini par m’autoqualifier de metteur en scène, par dérision … ou instinct de survie.

Ça me fera plaisir de pouvoir enfin raconter ma life sans que ce soit un drame. Mon prédécesseur me disait : le problème de ce boulot, c’est que tu ne peux rien dire. Au mieux c’est secret, au pire si tu relates, tout le monde trouvera que tu te la pètes sévère et tu perdras tes copains. Ça s’est vérifié d’ailleurs.

Alors que franchement, ça me semble tout bonnement très drôle de raconter que Christian Poncelet, lorsqu’il arrive en Préf, rapport à sa prostate et 1h30 de bagnole, file comme l’éclair malgré ces 90 balais et demande sans même dire bonjour « c’est où les cabinets ? »….
Bon et quand j’aurais donc fini de faire ma frimeuse auprès de mes nouveaux amis traitres, au fond de notre cachot, une fois que je leur aurais dit que je suis passée un nombre incalculable de fois à la télé (mais seulement ma main sur la clenche d’une porte de salle de réunion, ou seulement mes cheveux près de l’épaule d’un ministre…. Bref, je suis passée à la télé environ 100 fois mais toujours en pièces détachées), je leur ouvrirai donc mon cœur à mes nouveaux amis historiques et je parlerai des gens, ici, que j’ai aimés, de ces belles âmes, de mes âmes sœurs.

Je leur dirai que retrouver Marie, Thierry et Babette (Seb, Maud, Marie V et Ludo que je me permets d’inclure dans notre équipe) était une joie quotidienne. Que malgré les crises, les galères (acteurs pas à la hauteur, caprices de star, décors en retard, répliques pas au point) jamais rien ne nous a éloignés, au contraire.
Pas un jour n’est passé sans un fou rire,
Pas un jour sans se serrer les coudes, se soutenir.
Je sais ça rime.

Lorsque quelque drame personnel m’arrachait des larmes des yeux, ils me tendaient les bras. Quand j’avais du vague à l’âme Thierry prenait l’accent luxembourgeois, Babette riait comme elle seule est capable de le faire et Marie passait tendrement sa main dans mon dos.
Thierry, Babette et Marie, c’est de l’empathie en barre, c’est ma garde rapprochée, mon GSPR à moi (ça c’est une blague qu’on ne peut pas faire partout par exemple). Avec eux à mes côtés,
Il ne pouvait rien m’arriver.
Oui je sais, ça rime encore.

Je connais leurs vies, les défauts de leurs conjoints (qui bougonne, qui parle sans cesse, qui cuisine comme un pied), les aventures de leurs enfants (qui se pète le genou, qui téléphone 5 fois par jour à maman, qui entreprend des constructions informatiques incompréhensibles).
Et je connais surtout leur immense générosité à mon égard.
Et tout ça malgré mon caractère de chien. Car comme dirait Marie : « nan, c’est pas vraiment que tu sois butée, hein, c’est juste que quand t’as dit non, c’est compliqué de te faire changer d’avis. »….

Alors je pars le cœur gros, gros de tout ce que vous m’avez donné. Aucune gloire ne retombe sur nous. La célébrité de ceux que nous côtoyons reste la leur, jamais la nôtre. Notre seule, notre immense richesse, c’est notre solidarité. Les jolis films que nous réalisons ensemble sont connus pour leurs acteurs, pas pour nos efforts. C’est le jeu auquel nous avons accepté de jouer.

Voilà en 6 ans, j’ai eu le temps de prendre 15 kg et d’en perdre 10, bref d’avoir mon deuxième enfant. Le temps d’avoir un mentor et de le perdre. De vous rencontrer, de vous découvrir et de vous aimer. Le plus beau cadeau que vous m’ayez fait, c’est de me rendre tout cet amour que vous m’inspiriez. Merci.

"Coupez".

vendredi 11 janvier 2013

"Et pis la santé surtout!"

2012

Certaines dates anniversaires, lorsqu'elles reviennent, ramènent leur lot de souvenirs. Les vœux par exemple, moment convivial et normalement agréable, peuvent largement déraper.
Un inoubliable savon me fut consciencieusement passé à cette occasion.
Convoquée en urgence le lendemain de la cérémonie par big boss, je devais entendre ça:
"- C'est inadmissible, vous n'étiez pas présente pour mes vœux, je suis extrêmement fâché.
- J'étais à Sarrebruck, je vous y représentais.
- J'en ai rien à faire.
- Peut-être mais vous noterez que je n'ai pas le don d'ubiquité...
- C'est inexcusable, intolérable!
- Mais...
- Et arrêtez de répondre, je ne vous ai pas posé de question.
- M'enfin...
- Taisez-vous. A cause de vous, voilà, hein, tout ça, c'est votre faute.
- Pardon?
- Nan mais parce que, par exemple... j'ai fait une blague dans mon discours.... Bon ben personne n'a ri. Si vous aviez été là, vous auriez au moins pu expliquer cette blague aux journalistes, pour qu'ils la reprennent! Nan, vraiment, je suis très... vraiment, non mais quand même, je le suis."

J'imagine que l'adjectif cherché en vain était "vexé".

jeudi 22 novembre 2012

"Elle ne pèche pas, celle qui peut nier avoir péché ; seul l'aveu d'une faute la perd de réputation."


2012

Il existe en France cinq instituts régionaux d'administration. Notons que l'acronyme de ces instituts est IRA (rien à voir donc avec l'armée républicaine irlandaise). 
Ma bêtise naturelle fait que régulièrement je glousse, de manière tout à fait solitaire, lorsqu'un haut personnage commence sa phrase par: "Chaque IRA...". Voilà.

lundi 12 novembre 2012

« Nous sommes un mystère à nous-mêmes. »

2010

"- Nous disposons d'une vidéo à la gloire de l'Armée Française.
- Heu, ah, très bien.
- Nous lançons un concours pour qu'un compositeur invente une musique qui colle à ces images.
- Oui, c'est intéressant.
- Qui dit concours, dit jury, n'est-ce pas.
- Absolument.
- Ce jury sera présidé par Julie Pietri, une grande amie de l'Armée Française.
- .......Ah, tiens?
- Oui, et évidemment, nous pensions à toi, entre autres, comme membre du jury.
- ? "