samedi 14 juillet 2012

"L'inégalité, c'est le risque permanent du mépris"

2012

Cette odeur est prenante, un peu étouffante; soudure, fer, plomb, poudre blanche. Ça rend même la bouche pâteuse. 150 mecs en plein boulot sous une cathédrale de crasse, de chaînes grosses comme des lianes, des pythons, qui vont et viennent, finissant par des crocs de bouchers au-dessus de leurs têtes. 150 mecs sales de transpiration, noirs de brûlures, portant parfois devant les yeux leurs masques fumés.
Le patron raconte qu'il en est à son troisième redressement, pas facile, sale temps pour les industries d'un autre temps, faut comprendre, faut l'aider. Et tous ces emplois à la clé.
On aurait pu en rester là, j'aurais très bien pu le croire, j'en étais même à aimer cette effluve virile d'usine, à vouloir sauver les derniers soudeurs lorrains, à m'extasier sur la dureté du métier certes mais aussi sur son courage personnel à ce bonhomme, jusqu'à ce que l'on sorte, que je vois sa Jaguar CX-16, que nous allions déjeuner à 30 m des ateliers, dans une véritable salle de restaurant qu'il s'est faite construire, magnifiquement design et classe, où se succèdent des chefs étoilés qui viennent restaurer ce monsieur durant sa pause méridienne.

Je fuis ce lieu en me disant, assez prosaïquement qu'il n'y a définitivement pas grand chose entre génial et con.

1 commentaire:

  1. Paris, le Panthéon, hier, minuit.
    D'outre-tombe, des voix chuchotent.

    - Victor ?
    - Émile ?
    - Je cherchais Alexandre.
    - Il conte fleurette à Marie Curie. Il la trouve rayonnante.
    - Très drôle. Tu ne devais pas sortir avec Jaurès ?
    - Indisponible depuis 3 mois. Il est invoqué tous les soirs à l’Élysée pour expliquer les valeurs de la gauche.
    - Jaurès et pas toi ?
    - Trop peu de jolies filles autour du guéridon.
    - Qu'as-tu entre les mains ?
    - Un i-phone. Voltaire l'a piqué à une touriste américaine. Quand il s'est aperçu que ça ne se mangeait pas, il me l'a donné. Le siècle des lumières, tu parles ...
    - Et toi, qu'en fais-tu ?
    - Je surfe.
    - Tu quoi ?
    - Je surfe : internet, musique, films de cul... t'es con ou tu fais du Zola ?
    - Victor !
    - Au fait, je suis tombé sur un blog, on aurait dit "Germinal" : la classe ouvrière suant sang et eau, brûlante de chaleur et de douleur, un maître de forges fourbe et exploiteur, dont la table regorge de gibiers et de sucreries...
    - Serions-nous encore actuels ?
    - Évidement, sinon on nous aurait virés du Panthéon. Place aux jeunes ! Et ce ne sont pas les volontaires qui manquent. Ils ont l'intelligence de l'instant, hélas pas celle de l'histoire.
    - Et quelle morale en tires-tu ?
    - Il n'y a pas grand chose entre génial et con.
    - Les grands esprits se rencontrent !

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