Nos métiers de presse, de com, de cab sont étranges. Fugaces,
passionnants, méchants, stimulants... ils nous mangent et l'on aime ça.
On se laisse happer une jambe, un bras, tout en pédalant bizarrement
toujours plus vite.
Et puis un jour, ça s'arrête. On propose
encore un petit morceau de sa main à dévorer, hein, si c'est bon, tiens!
Eventuellement, cela nous assure un dernier tour gratuit. Jusqu'à
l'arrêt définitif qu'on n'avait pas vu venir, ou pas si tôt.
Fini le tumulte, le brouhaha, fini de pédaler à faire tourner le manège enchanté.
Car nous n'y étions ni le carrosse ni le cheval blanc et encore moins l'hélico. Nous y étions soutiers.
Une
personne centrale, oui, au sein de ce manège. Installée sur son
pédalier. Bien au centre. A l'endroit qui fait le plus tourner la
tête.
Et comme on reste bien élevé, après des jours et des années,
à tourner sur soi-même, en pédalant de toutes ses forces pour que le
carrousel pivote en rond sous les néons, même lorsqu'il faut vomir, on
le fait au creux de sa main.
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