2010
Chaque matin, nous le voyons consulter son horoscope, le commenter, saisir un autre périodique pour identifier ce qui se recoupe ou non. Conclusion, sa date d'anniversaire nous est parfaitement connue. Et rituellement, le jour J, nous lui lançons, si d'aventure nous le croisons, un discret mais sincère "joyeux anniversaire". Et voilà tout. C'est tout de même le super big boss!
Chaque matin, nous le voyons consulter son horoscope, le commenter, saisir un autre périodique pour identifier ce qui se recoupe ou non. Conclusion, sa date d'anniversaire nous est parfaitement connue. Et rituellement, le jour J, nous lui lançons, si d'aventure nous le croisons, un discret mais sincère "joyeux anniversaire". Et voilà tout. C'est tout de même le super big boss!
Jusqu'au jour funeste où la chef décide que nous n'allons pas en rester là, parce qu'il le vaut bien, et suggère non seulement un cadeau commun, mais aussi une petite fête secrète avec en prime un beau gâteau. Nos réactions mitigées ne freinent malheureusement pas son enthousiasme qui devient rapidement hystérie. Ho oui, que ça va être bien. Pas une seconde, l'aspect parfaitement déplacé de l'affaire ne lui saute aux yeux ou à la jugeote.
C'est ainsi qu'une dizaine de personnes dont moi, conscientes de participer malgré elles à un fiasco annoncé, se retrouvent dans une salle de réunion dont les institutions ont le secret: tables brunes, chaises noires, moquette tâchée et/ou marron, photo au mur d'un illustre prédécesseur que l'histoire a heureusement oublié... Un morceau de nappe blanche en papier pour recueillir le gâteau pour 50 convives. De beaux ouvrages empaquetés.
"Allez, j’éteins la lumière, je vais le chercher, je lui fais croire à un truc et quand j'ouvre la porte, tout le monde chante, hein, hop c'est parti. Qu'est-ce que ça va être chouette!".
Dans l'obscurité, les regards inquiets sont néanmoins visibles. On se dandine d'un pied sur l'autre. On prend conscience que le ridicule est au bout du chemin. On prend surtout peur.
Pas bruyants dans le couloir, cette fois-ci, c'est bon, on est foutu. La porte s'ouvre et nous murmurons un timide "joyeux anniversaire".
"- mais qu'est-ce que c'est? ah, ben merci." Il est gêné. Nous aussi. Pas elle.
Comme par magie, elle sort une clarinette et entonne un approximatif chant d'anniversaire... tellement approximatif qu'elle renonce en cours de route et transforme le tout. Les notes du célèbre "il est vraiment, il est vraiment, il est vraiment phénoménal, tralalèreuuuuuuuuuuuuu" sortent, nous chosifiant à tout jamais.
Il tente un sourire. La politesse, un art subtil de la bienséance, une compréhension instinctive des choses le poussent à se diriger au plus vite vers le gâteau pour le couper. Qu'on en finisse!
15 minutes plus tard, l'espace est libéré, ne restent plus que le souvenir d'un malaise collectif et un gâteau seulement amputé d'un malheureux dixième.
Dans l'après-midi, nous parvient un mail dont la teneur est à peu près la suivante: pour cette belle idée les présents le gâteau tout ça, vous me devez 20 € par personne, merci de déposer vos chèques à mon secrétariat.
Comme dirait chéri: rien ne vaut une bonne humiliation suivie d'une perte d'argent.
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