samedi 5 novembre 2011

Et je f'rai pas ça tous les jours!

2009

Nous accueillons un ex d'Occident et qui n'est pas le local de l'étape. Ils étaient donc plusieurs. Argl. En prime, ouh qu'il a l’œil mauvais. Il me fout les jetons. Même big boss ne semble pas bien rassuré non plus. Nous sommes tous fébriles, voire carrément craintifs. Il règne une ambiance particulièrement tendue, les mains sont crispées. Mais écrivant cela, je me demande jusqu'à quel point je ne cherche pas quelque pitoyable excuse au malheureux épisode qui va suivre....
Nous avions déjà grillé notre première cartouche lors de la visite d'un chantier où l'ensemble gadoue collante - pluie battante - absence de bottes en caoutchouc avait ruiné tout espoir d'un regard moins inquisiteur.
Et même le cirage de pompe, réel et non imagé pour une fois, qui suivit n'y put rien. Quand ça veut pas, ça veut pas.
Le déjeuner fut vécu comme l'ultime preuve d'une conspiration. 30 convives, le cheveu plaqué de l'averse récente, le mascara  dégoulinant, le bas de pantalon moite et boueux, se jettent sur la bouffe comme pour y trouver du réconfort. Et notre star maniant franchement fourchette et couteau se retrouve d'un coup d'un seul avec son assiette tout bonnement cassée en deux, le contenu se répandant lentement mais surement sur la table. Une malheureuse fêlure, peut-être une brèche, vue de personne, un truc qui n'arrive jamais ou pas plus d'une fois sur mille, sur un million! La température passe clairement en dessous de zéro.
Big boss ne sait plus quel numéro interpréter.
C'est une agonie. Nettoyage tant bien que mal du machin informe qui menace de tomber sur les genoux, dépose d'une serviette sur le tout, changement de couverts et rebelote nouvelle assiette, nouveau plat. Bref, étant donné les timings ultra-chronométrés que nous connaissons, ça nous fout dans le jus, à plusieurs titres donc.
L'expression boire la coupe jusqu'à la lie prend tout son sens lorsque big boss, tendu comme un string, me dit "allez vite vérifier que le cortège est en place, on bouge, vite, vite, vite". Je cours sur ce magnifique marbre que je connais par cœur, je sprinte, trotte, cavale, m’emmêle les pieds et me vautre lamentablement de tout mon long, façon Pliz. L'élan était tel qu'à plat ventre, je continue durant ce qui me paraît davantage des minutes que des secondes, ma course jusqu'à un radiateur qui m'accueille chaudement. Aïe.
Le chef me rejoint affolé et me sort cette étrange question: "vous êtes morte?", c'est dire le niveau de stress. Je me crois obligée de répondre négativement.
Et le célèbre auteur de "Penser la droite" (oui, c'est une idée, tiens) décrochera le seul sourire de la journée, comme soulagé que le sort ait fait payer quelqu'un, en mode "yarkyarkyark".

1 commentaire:

  1. Ma préférée. L'ancien d'Occident, l'assiette, la glissade... du rythme, normale pour une "batteuse". Mr Dawn

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