mercredi 16 novembre 2011

Grey's anatomy

2008

L'univers hospitalier, c'est pas mon kif, pas plus que les médecins en mode "Dieu descendu sur terre". Alors cette tournée des hôpitaux ne me remplit pas de joie. Heureusement, je sais qu'avec elle, ça promet d'être pittoresque. J'avais déjà œuvré, plusieurs années en arrière, à un moment où sa venue coïncidait avec le drame d'un magistrat poignardé. Je la revois encore, en train de se changer de pied en cap, pour aller le retrouver en salle d'opération et finalement, désinfectée de près, renoncer devant la porte d'accès au bloc. Je me souviens aussi de sa rencontre avec des étudiants, et non des étudiantes. A cette époque, je pense que le terme de cougar n'avait pas été inventé, il le fut sans doute immédiatement après ce mini bain de foule. Un hommage, à n'en pas douter.
Bref, aujourd'hui, un nouveau plan est à mettre en place. Elle arrive dans une ville alors que big boss œuvre dans une autre. Me voici donc seule à la tête d'un cortège de 4 bagnoles pour aller la chercher. Elle me sert la main sur le quai de la gare et ma paume en restera odorante toute la journée. Alors comme ça, y a des gens qui ne se parfument que les mains....
Et en route pour un improbable rendez-vous sur un rond-point, lieu de jonction, de retrouvailles car big boss doit récupérer le "paquet" dans sa propre auto, afin qu'ils arrivent ensuite côte-à-côte, comme des fleurs. Mais les plans les plus préparés ne sont pas systématiquement les meilleurs... Force gendarmes bloquent le giratoire, comme le Pont de Glienicke mais tous les VIP qui se rendent à la même manifestation que nous, empruntent nécessairement cette voie d'accès. La loose. Mon téléphone s'enflamme. "Monsieur le... aura du retard, il semblerait qu'il y ait des travaux sur la route", "Monsieur le... s'excuse car il doit y avoir un accident sur la départementale", "Monsieur est coincé dans un immense embouteillage inexpliqué"...
Pendant que chacun croit à une catastrophe d'ampleur, sacrément mal tombée, nous procédons à l'échange sur une voirie déserte que nous rendons ensuite à ses usagers.
Pose de la première pierre (assez surprenante du reste puisque des immeubles de 5 étages nous contemplent), discours, serrage de paluches (70 personnes qui reniflent ensuite étonnées leur main) et conf de presse.
En pleine RGPP, une seule question brûle les lèvres: où sera localisée la future agence régionale de santé?
Et miss Crocs de répondre: "ben comme partout: dans la capitale régionale".
Le maire de la susdite capitale, travaillé au corps depuis des semaines pour cultiver renoncement et acceptation, ne peut retenir un large sourire, un immense sourire même, un truc rayonnant quoi.
Big boss est au bord de l'étouffement. Heureusement que, comme le terme de cougar, Twitter n'existait pas encore.
Mais notre personnalité est déjà passée à autre chose et surtout en cette fin de matinée, apercevant au fond de la salle le buffet pour la presse, termine rapidement sa dernière phrase par un "bon ben voilà hein", se lève et trottine pour aller se restaurer. Brouhaha général, journalistes qui sautent sur le maire et big boss, questionnent, crient, appellent leur rédac.... Elle me fait signe de m'approcher et me dit: "oulalalalala, je crois bien que j'ai mis une belle pagaille moi, ouh", le tout avec morceau de toast collé sur la joue.
Nous tentons désespérément et assez lamentablement de trouver une autre formulation pour "elle s'est trompée", bref, on rame.
Il est déjà temps de filer vers notre prochaine destination, où une allée de CRS nous fait le plaisir d'une haie d'honneur, cachant ainsi au loin des manifestants en train de piller le buffet. Pendant une seconde, je salue le sens de l'anticipation de notre star, seule personne alimentée dans notre cortège, finalement, mine de rien.
600 personnes nous attendent  pour un grand bain de foule cette fois-ci, afin d'inaugurer pour le coup un truc qui n'a ni électricité, ni lit et encore moins de patients ou médecins. Bizarre. Entre la pause de la première pierre d'un hosto presque fini et l'ouverture d'un truc encore en travaux, je ne suis pas sûre que nous ayons eu un sens précis de la terminologie...
Une demi-heure pour traverser le hall, plein à craquer d'invités qui s'autophotographient avec notre VIP, toute sourire, tombant même la veste et laissant ainsi apparaître tout ce que la ménopause fait pousser. Ça claque des bises, ça pince des joues, ça embaume toujours Poison, ça s'approche du député-maire de l'étape et ça lance minaudante et tête penchée: "hou bonjour toi, fais-moi une bise, là" le doigt pointé sur sa commissure des lèvres.
Dommage que cet hosto soit encore hors-service, j'aurais comme besoin d'être réanimée....

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